Collectionneur

Collectionner peut-être une curiosité, une passion, une ambition voire une compulsion.  En voyageant, sac au dos en Californie en 1984, j’ai consciemment décidé de collectionner des premières pages des journaux du monde entier, en souvenir des mes voyages et de ceux de mes amis.  Anecdote matérielle, cette passion remplit plusieurs tablettes de mes armoires de rangement et témoigne de 30 ans de la petite et grande histoire du monde.  Cette collection cachée, sera sans doute un jour partagée, aux plus jeunes et plus vieux, pour colporter et soutenir des valeurs d’ouverture, de tolérance, de littéracie et de culture.  En attendant ce jour, j’apprécie toutes ces premières pages ramenées qui me sont proposées.  Vous n’avez qu’à m’écrire …

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Ce qui suit reprend de mon ancien site web, quelques écrits et données relatives à l’histoire de la presse, notamment publié dans le journal Le Petit Jour de l’AJOUREP.  L’association est apparemment dissoute depuis. « L’histoire de la presse écrite est fascinante parce qu’elle est un témoin important de l’évolution de l’humanité, de ses moeurs, de sa pensée, de son quotidien, de ses faits divers, de ses forces et ses faiblesses. L’histoire de la presse ne se comprend qu’en mettant en contexte la découverte de nombreuses inventions ! L’échelle chronologique présentée ci-dessous s’inspire de quelques auteurs et reprend quelques faits québécois.  Elle sera enrichie au fil de mes lectures ».

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EXTRAIT du Livre des records 1998 – section presse écrite et médias

On retrouve plusieurs éditions du Livre des records Guiness et une édition nouvelle chaque année.  J’ai soumis ma candidature en 1997 pour le plus grand nombre de journaux différents, ce qui fut rejeté, prétextant que la catégorie exacte n’existait pas et que les catégories voisines allaient être retirées du palmarès dans les prochaines éditions.  On pouvait y lire dans la version anglaise disponible cette année là :

  • Most newspaper readers « The country with the most newspaper readers is Sweden where 580 newspapers are sold for every 1000 people »
  • Highest circulation « The highest circulation for any newspaper was for Komsomolskaya Pravda (founded 1925), the youth paper of the formet Soviet Communist Party, which reached a peak circulation of 21 975 000 copies in May 1990 ».
  • The 8-page weekly newsaper Argument i Fakly (founded 1978) of Moscow, Russia attained a figure of 33 431 100 copies in May 1990 when it had an estimated readership of over 100 million.
  • The highest circulation for any currently published newspapier if that of Yomiuri Shimbun, founded 1874, which publishes morning and evening editions, and had a combined daily circulation of 14 565 474 copies in january 1997.
  • United States – the highest circulation daily newspaper in the US is the Wall street Journal (founded 1889) published by Dow Jones & Co. In March 1996, its circulation was 1 841 188 copies.
  • United States – The oldest continuously published newspaper in the US is the Hartford Courant, established by Tomas Greene on October 29, 1764. Its current circulation figures are 227 792 daily and 316 058 Sunday papers as of July 1996.
  • The oldest existing newspaper in the world is the Swedish official journal Post Och Inrikes Tidningar, founded in 1645 and published by the Royal Swedish Academy of Letters.
  • The oldest existing commercial newspaper is the Haarlems Dagblad/Oprechte Haarlemsche Courant, published in Haarlem, Netherlands, first issued as the Weechkelycke Courante van Europa on january 8, 1656. A copy of issue no 1 survives.
  • The largest newspaper the most massive singlue issue of a newspaper was the september 14, 1987 edition of the Sunday News York Times which weighed 12 poiunds and had 1612 pages.
  • The smallest newspaper – A newspaper called « Tit Bits from all the most interesting books, periodicals and newspapers in the world » dated september 5, 1885 and owned by Mark Sundquist of Shoreline, WA, has an original page size of 2 1/8  2 3/4 inches.
  • The longest editorship – Sir Etienne Dupuch of Nassau, Bahamas, was editor-in-chief of The Tribune from April 1, 1919 to 1972, and a contributing editor until his death on August 23, 1991 – a total of 72 years.
  • Most belated apology.  The Hartford Courant issued an apology to Thomas Jefferson, 193 years late. In 1800, the newspaper ran a vehement editorial opposing his election and expounding on the ways in which the country would be irrevocably damaged as a result.
  • Most Pulitzer prizes. The News York Times has won 73 Pulitzer prizes, more than any other news organisations.
  • Most durable feature. Mary MacArthur of Port Appin, Scotland has contributed a regular feature to the Oban Times and West Highland Times since 1926.
  • Most durable adverstiser. The Jos Neel Co. a clothing store in Macon, GA, ran an ad in the Macon Telegraph in the upper-left-hand corner of page two every day from feb 22, 1889 to August 16, 1987. This constituted 35 291 consecutive advertisements.
  • Most widely syndicated columnist. Ann Landers appears in over 1200 newspapers with an estimated readership of 90 million.

Tiré et adapté de Livre des records Guiness 1997 – newspapers.

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PETITE HISTOIRE DE LA PRESSE 

Bien avant le Christ !

Avant même de se mettre debout, l’homme eut besoin d’informations sur le monde qui l’entourait. Des millions d’années plus tard, les moyens techniques le permettant, la presse devait répondre à ce besoin. Sa fonction est d’annoncer les événements, d’en donner la description la plus exacte et la plus récente possible. Ces nouvelles servent au lecteur à orienter ses actions, mais elles lui procurent aussi le plaisir de découvrir, de connaître et d’être étonné.  ‘une certaine manière, les aèdes de la Grève antique, les trouvères du Moyen-Age, les griots africains, les crieurs publics furent les ancêtres des journalistes modernes. D’abord verbale, la transmission des nouvelles a été organisée de diverses manières à travers le monde: signaux de fumée des Peaux-Rouges, tam-tams africains, réseaux de pigeons voyageurs dans les États musulmans du Xème siècle ou les 200 000 coursiers de la poste de l’empereur mongol, dont parlera Marco Polo trois siècles plus tard. Cinquante ans avant notre ère, les journaux romains « acta diurna » paraissent à 10 000 exemplaires chaque semaine …

Premier millénaire

  • 0800    1er mensuel de Chine Kai-yuan tsa pao

Du X au XVI ème siècle 

  • 1430    Découverte de l’impression par caractères mobiles avec Gutenberg et Janszoon
  • 1483    Invention de la gravure à l’eau forte par Van Olnutz
  • 1550    Almanach de Nostradamus
  • 1597    Premier mensuel à Augsbourg – Samuel Dilbaum

Du XVII au XVIII ème siècle 

  • 1604    Un annuel avec le Mercurius gallo belgicus à Francfort
  • 1605    Un bimensuel avec De Nieuwe Tijdinghen à Anvers – Abraham Verhoeven
  • 1622    Un hebdomadaire avec Weekly News à Londres – Nathaniel Buttler
  • 1631    La Gazette – Théophraste Renaudot         

« Sous le règne de Louis XIII, Théophraste Renaudot publie « La Gazette ».  C’est l’acte de naissance de la presse moderne.  « En une seule chose, ne le céderai-je à personne:  en la recherche de la vérité, de laquelle néanmoins je ne me fais pas garant ».  Renaudot définit ainsi, dès 1631, le journalisme et ses limites.  Pendant trois siècles et demi, la presse poursuivra la vérité, sans pour autant prétendre à écrire l’histoire »

  • 1644    Milton plaide la liberté d’impression
  • 1660    Leipzider Zeitung à Leipzig
  • 1666    Un hebdomadaire avec Le journal des savants
  • 1672    Le Mercure galant – Donneau de Visé
  • 1719    Première impression en trois couleurs à Paris
  • 1723    Nouvellement réglementation de la presse française avec censure
  • 1728    Le Pensylvania Gazette – Benjamin Franklin
  • 1759    Un mensuel avec le Journal des dames – Thoral de Champigneules
  • 1775    Uniformisation des caractères typographiques – Didot
  • 1776    Proclamation liberté de la presse en Virginie
  • 1777    Premier quotidien de France avec Journal de Paris – Pierre Antoine
  • 1785    Arrivée du Daily Universal Register qui devient le Times en 1788
  • 1787    Amendement à la Constitution USA empêchant les limites à la liberté de presse
  • 1789    Déclaration des droits de l’homme proclame liberté d’écrire, parler et imprimer
  • 1792    Suspension de la liberté de presse, journaux royalistes et guillotine
  • 1793    Invention du télégraphe optique – Claude Chappe; impression en un seul coup
  • 1795    Presse en acier et fonte – Lord Stanhope
  • 1796    Découverte de lithographie – Alois Senefelder
  • 1797    Rétablissement de la censure – instauration du timbre
  • 1799    Découverte papier continu-  Le moniteur journal officiel de l’Empire
  • 1800    Bonaparte supprime 60 journaux et rétablit l’autorisation préalable

XIX ème siècle

  • 1803    1ère locomotive à vapeur
  • 1811    Invention du cylindre à presse – Friedrich Koenig
  • 1814    Cylindre à presse avec vapeur  –  Loi sur la presse
  • 1816    Presse à retiration – impression recto-verso – première image fixée sur plaque photosensible – Nicéphore Niepce
  • 1818    Fabrication industrielle de l’encre –  Pierre Lorilleux
  • 1819    Loi de Serres – suppression de l’autorisation préalable et censure
  • 1821    Loi de tendances autorise suspension d’un journal pour mauvais esprit
  • 1825    1ère ligne de chemin de fer – Angleterre – Stephenson
  • 1829    Invention de la stéréotypie – Claude Genoux
  • 1830    Liberté de presse rétablie par la Charte
  • 1832    Agence Havas de traduction – Charles-Louis Havas
  • 1833    Invention du télégraphe – Gauss
  • 1835    Lois de septembre – censure sur caricatures
  • 1836    Parution de La Presse de Girardin et de Le Siècle de Dutacq
  • 1837    Télégraphe électrique _ Morse
  • 1838    Premier daguerréotype – Jacques Daguerre
  • 1840    Presse à réaction – Applegath et Cowper
  • 1843    Premier magazine illustré – L’Illustration
  • 1848    Première presse rotative – Koenig – Fondation de l’Associated Press  interdictions de 11 journaux
  • 1850    Invention de la photogravure chimique – Firmin Gillot
  • 1851    Fondation de l’Agence Reuter
  • 1852    Reproduction des pages d’un seul tenant – Nicolas Serrières
  • 1855    Premier reportage photographique – Robertson
  • 1858    Utilisation publique du télégraphe
  • 1860    Première rotative utilisée par Coverly et McDonald pour le Times
  • 1863    Le petit Journal  – Moise Polydore Millaud – Premier grand quotidien français; invention de la machine à écrire – Glidden et Sholes
  • 1864    Première automobile à moteur à essense
  • 1868    La Lanterne – Rochefort
  • 1869    Découverte de la photographie couleur  – Charles Cros
  • 1871    On retrouve l’explorateur Livingstone perdu en Afrique grâce à un reporter du New York Herald
  • 1873    Remington perfectionne la machine à écrire
  • 1874    Transmission de 4000 mots à l’heure par téléscripteur – Baudot
  • 1875    Première automobile à vapeur – Amédée Bollée ;  première transmission téléphonique – Graham Bell
  • 1879     Héliogravure – Karl Klietsch
  • 1880    Enquêtes en profondeur – journaliste Jules Huret
  • 1881    Loi française sur liberté de publication
  • 1882    Similigravure – Georg Meisenbach
  • 1883    Création de l’agence United Press;  invention du Linotype – Ottman Mergenthaler
  • 1884    Papier tiré du bois remplace la papier chiffon
  • 1887    Invention du monotype – Lewistone
  • 1889    Publication de la bande dessinée La famille Fenouillard dans Le petit Français illustré – Christophe
  • 1890    Récepteur du télégraphe sans fil – Edouard Branly
  • 1891    Fondation du premier quotidien sportif – Le Vélo  – photographie en couleurs – Lippmann
  • 1893    Lois scélérates élargissant la notion de provocation à crime par la presse
  • 1895    Les frères Lumière présentent le premier film en cinématographe
  • 1896    Guglielmo Marconi met au point le télégraphe sans fil –

XX ème siècle

  • 1904    1ère impression en offset par Rubel – La Croix  publie une photographie tramée
  • 1907    Édouard Belin découvre la transmission de photos par fil électrique- création du quotidien de littérature et théâtre Comedia
  • 1910    Création d’Excelsior
  • 1913    Charles Krum invente le téléscripteur
  • 1914    Assassinat de Gaston Calmette (directeur du Figaro) par Mme Caillaux (
  • 1915    1ère photocomposeuse de Bawtree et Lee
  • 1918    Fondation du Syndicat national des journalistes français
  • 1919    Grève des typographes parisiens
  • 1920    Premier bulletin d’information régulier de radio en G-B et aux USA
  • 1921    René Belin transmet des photographies par radio
  • 1922    1ère information radiophoniques régulières en France (Radiola) et en Grande-Bretagne (BBC)
  • 1925    John Baird invente la télévision mécanique
  • 1927    Premier journal parlé de Privat – premier film parlant
  • 1928    Composition mécanique à distance
  • 1929    1er essai de télévision en France
  • 1932    1ère transmission de télévision sur 800 km par Henri de France
  • 1933    1ère utilisation de la rotative offset
  • 1935    Loi sur le statut professionnel des journalistes
  • 1936    Émissions de télévision à Londres
  • 1937    Émissions régulières de télévision en France
  • 1939    Le gouvernement Daladier interdit l’Humanité à la suite de pacte germano-soviétique
  • 1940    Nationalisation de l’agence Havas –  parution des 1er journaux clandestins – les allemands créent l’agence française d’information
  • 1942    L’occupation en France de la zone sud provoque le sabordage de nombreux quotidiens
  • 1944    John Baird découvre la télévision en couleurs – Ordonnances sur l’épuration de la presse et l’autorisation de parution
  • 1945    Monopole de l’État Français sur la radiodiffusion
  • 1946    Confiscation des biens des journaux interdits
  • 1947    Grève des typographes en France – suppression de l’autorisation de paraître
  • 1949    Création de Paris-Match / hebdomadaire
  • 1950    Création de l’Observateur / hebdomadaire /  liberté rendue au marché du papier journal
  • 1953    Création de l’Express / hebdomadaire
  • 1955    Composeuse photographique d’Higonnet et Moyrond
  • 1957    1ère transmission radio par satellite :  URSS
  • 1962    1ère transmission de télévision par satellite passif :  USA/Telstat
  • 1967    1ère émission de Mondovision
  • 1968    Asahi Shimbun, quotidien japonais, met en service un journal sur écran à domicile

XXI ème siècle

Tiré et adapté de :

Worlgensinger Jacques.  L’histoire à la Une: la grande aventure de la presse. Découverte Gallimard – 72. 1989. 30 $  Un véritable trésor comme plusieurs numéros de cette collection richement illustrée en couleur !  Un voyage à travers la presse unique (A)

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EXTRAITS DE LA PUBLICATION « Le Petit JOUR »

Dans le cadre du Petit Jour, j’ai publié quelques articles sur l’histoire de la presse écrite en Amérique.  Je reprends l’essentiel des articles parus à ce jour.

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HISTOIRE DE LA PRESSE ÉCRITE AU CANADA (1752-aujourd’hui)

On a probablement davantage écrit sur la presse écrite européenne que sur la presse écrite canadienne. Ayant récemment joint l’AJOUREP à titre de membre actif, je vous propose un bref tour d’horizon de l’histoire de la presse écrite au Canada. La page couverture du Petit Jour rappelle que la fête du Canada est le 1er juillet et que le Canada fêtait ses 134 ans récemment. Jacques Cartier, explorateur, fut le premier à utiliser le mot canadien, d’abord pour désigner les iroquois de Stataconé (ville de Québec).   Ce mot servira d’identifié d’abord face à la France, puis face aux anglais après la conquête de 1760.   Revendiqué par les anglais, il devient le symbole du pays par la suite.

La presse écrite nord-américaine est née en Nouvelle-Angleterre, aujourd’hui l’état du Massachusetts, vers 1630 bien avant la presse canadienne; le premier journal publié régulièrement vit le jour vers 1704.   À cette époque la Nouvelle-France compte environ 15 000 personnes contre 19 millions en France, 7,5 millions en Angleterre/Écosse et 6 millions en Espagne. Il faut savoir que beaucoup de nouveaux arrivants provenait de la classe moyenne d’Angleterre, ce qui donnait à la colonie un lectorat potentiel. Au Canada, la presse écrite fit d’abord son apparition dans l’est de la colonie avec The Halifax Gazette, fondé le 23 mars 1752 par John Bushell, un imprimeur de Boston.   The Quebec Gazette fut fondée le 21 juin 1765, un an après le Traité de Paris cédant le Canada à l’Angleterre.   Ce journal est devenu le Quebec Chronicle-Telegraph (http://www.qctonline.com/), le plus ancien journal d’Amérique du Nord encore publié à ce jour. Le deuxième plus ancien journal en Amérique du Nord est le Hartford Courant, dans le Connecticut aux USA, qui fut fondé le 29 octobre 1764. Pendant ce temps, la France et l’Angleterre vivent la guerre de Sept Ans.   1760 marque la fin de la colonie Française en Nouvelle-France. (1-3)

Durant le XVIIIème siècle, les premiers journaux étaient financés par le gouvernement qui exerçait un contrôle sur le contenu centré sur l’actualité locale mais aussi internationale. Généralement publié sous forme de feuillet de 2 ou 4 pages, on y retrouvait dès le début des encarts publicitaires de petites dimensions. Le traité de Versailles entre l’Angleterre et les Etats-Unis reconnaìt l’indépendance de ces derniers et interdit désormais tout commerce entre le Canada et les Etats-Unis (1783). Enfin, le gouvernement anglais adopte en 1791 l’Acte constitutionnel qui divise le territoire canadien en deux colonies : le Bas-Canada et le Haut Canada. (1-3)

Le XIXème siècle amène davantage de colons européens et un financement et des opinions plus diversifiés. La politique y tient une place grandissante. Les principaux journaux de l’époque incluent The Kingston Gazette, (1810 – Stephen Miles); The Bytown Packet (1844 – William Harris) devenu The Ottawa Citizen; The Toronto Globe (1844 – George Brown) et The Colonial Advocate (1824 – W Lyon Mackenzie). Au Québec, on assiste à Montréal à la naissance du journal The Gazette en 1778.   Fondé par Fleury Mesplet, le journal est d’abord publié en français (fait ignoré de la plupart des francophones québécois) puis en anglais à partir de 1855 sous l’égide d’un dénommé Ross. (1-3)   La seconde moitié du XIXème siècle mène à la création du Canada en 1867 (Acte de l’Amérique du Nord Britannique qui réunit le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et le Québec) et au développement de l’Ouest canadien avec l’arrivée de nouveaux immigrants européens. La découverte de gisement d’or et le développement de vastes étendues arables dans les prairies à partir de 1850-1860 contribuent au développement du chemin de fer du Canadien Pacifique et à l’établissement de nouvelles communautés.   La technologie évolue avec le recours à la pulpe de bois pour la production de papier journal et l’implantation de presses rotatives électriques. (1-3)

« Pendant plus d’un siècle, plusieurs journaux ont publié des numéros spéciaux en couleur pour souligner d’importants événements. Une sélection de ces numéros tirés de la collection de la Bibliothèque nationale du Canada est présentée sur le site de la bibliothèque nationale du Canada. »(4)   Nous reprenons ici respectivement les reproductions de The Gazette Montreal (1901), Quebec Chronicle (1890) et The Quebec Daily Telegraph (1909), seul encore publié aujourd’hui.

Le vingtième siècle amène une croissance démographique importante, l’industrialisation, les grandes guerres, les progrès technologiques et une plus grande liberté de presse. Entre 1901 et 1911, le Canada était le pays connaissant la plus grande croissance au monde. En 1900, le tirage de tous les journaux canadiens atteignait un total de 650 000 exemplaires, pour doubler au cours de la décade qui suit. 1917 voit la naissance de La Presse canadienne, une coopérative responsable de chercher la nouvelle et de la diffuser à travers le pays, et ce dans le but de donner un accès plus rapide à l’actualité nationale et internationale. En 1938, on compte 138 journaux d’intérêt général, un sommet inégalé dans l’histoire de la presse écrite canadienne avant de chuter à 87 vers 1945. Aujourd’hui, le Canada compte 105 quotidiens. (1-3)

Avec les années 1960, on assiste à quelques fermetures de grands journaux dont The Telegram (Toronto); The Montreal Star (Montréal), le Ottawa Journal et le Winnipeg Tribune. Par ailleurs, de nouveaux quotidiens font leur apparition. On assiste à une concentration de la propriété avec un nombre limité de propriétaire, incluant Hollinger International (n = 58), Quebecor/Sun Media (n = 15), Thompson Media (n= 6), Torstar (n = 5 ), Power Corporation (n = 4), Brunswick News (n= 4), et quelques autres. (1-3)

« En matière de liberté de la presse, la presse «libre» qu’exigeait Joseph Howe en 1835 est restée en place pour le bénéfice de la population canadienne. Le droit en matière de journaux a évolué pour toucher les questions de libelle, d’outrage au tribunal et de droits d’auteur. De plus, la Charte des droits et libertés, enchâssée dans la Constitution canadienne de 1981 garantit la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression, y compris la liberté de la presse et des autres médias de communication. » (1)

Le plus gros est le Toronto Star, dont le tirage est de 477 856 exemplaires chaque jour de semaine, près de 735 000 le samedi et environ 479 000 le dimanche. Le tirage des quotidiens francophones et anglophones du Canada atteint un sommet inégalé depuis à plus de 5,7 M d’exemplaires en 1989.   Aujourd’hui, plus de 5,1 M de Canadiens reçoivent un quotidien, ce qui signifie que, chaque jour, plus d’un Canadien sur cinq âgés de 15 ans ou plus lisent un quotidien – c’est l’une des proportions les plus élevées au monde entier.

« Selon l’étude de Nadbank (http://www.nadbank.com/) 1999 rendue publique au début d’octobre, près de neuf M de Canadiens, soit 59,3% de la population, lisent un quotidien chaque jour. Le lectorat chez les hommes reste haut, 64,8%, mais baisse à 54,1% chez les femmes; 11,6 M (75%) des adultes canadiens lisent un journal du lundi au vendredi, y compris 77,8% des lecteurs entre 18-24 ans, soit le niveau le plus élevé de tous les groupes d’âges; un peu moins de 9,4 M de Canadiens lisent un journal le samedi; 5,8 M de Canadiens lisent un journal le dimanche; 12,7 M de Canadiens lisent un journal le samedi ou le dimanche; le groupe d’âge où le lectorat est le plus bas est celui des 25-34 ans où seulement 52% ont lu un journal hier et 81,5% lisent le journal la fin de semaine. » (1)

Depuis 1988, la Bibliothèque Nationale du Canada répertorie sur microformes les journaux canadiens selon l’ordre alphabétique des noms de lieux, par provinces et (ou) territoires et noms de ville. Son répertoire compte plus de 2300 titres de journaux canadiens tirés à 3 copies ou plus, y compris les journaux ethniques, autochtones ou étudiants (5)   Le Globe and Mail est un des chefs de file de la technologie moderne. Il est publié à Toronto mais transmet ses pages par satellite à ses usines d’impression dans toutes les grandes villes du pays. Chez nos voisins du Sud, des journaux tels le New York Times, le USA Today ou le Wall Street Journal font de même.   On peut avoir accès à plus de la moitié des quotidiens canadiens en accès direct.   La National Post est le plus récent quotidien canadien à avoir vu le jour récemment.

Références

  1. Association canadienne des journaux http://www.cna-acj.ca/ – représente près de 99 % des journaux publiés.
  2. W. H. Kesterton. A History of Journalism in Canada, McClelland and Stewart Limited, Toronto, 1967.
  3. Anonymous. The Print Media. 384-90.   Dans: Wright J. 20001 The New York Times Almanac. 2001  www.penguinputnam.com – ~ 11 $ US
  4. Bibliothèque nationale du Canada. Éditions spéciales de journaux canadiens. http://www.nlc-bnc.ca/2/14/index-f.html
  5. Bibliothèque nationale du Canada – répertoire de plus de 2300 journaux depuis 1988. http://www.nlc-bnc.ca/8/18/index-f.html
  6. Journalismnet – Canada – Un site intéressant pour une vue d’ensemble du marché . http://www.journalismnet.com/canada /
  7. Star4all – autre répertoire incomplet de journaux canadiens – http://www.start4all.com/newspapers/canada.htm
  8. Provencher J. Chronologie du Québec 1534-2000. Boréal Compact. 2000
  9. Carpin, G. Histoire d’un mot. L’ethnonyme Canadien. 1995

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HISTOIRE DE LA PRESSE FRANCOPHONE AU CANADA (1752-aujourd’hui)

L’histoire de la presse écrite en Amérique et particulièrement au Canada ne peut s’écrire sans porter une attention particulière à la presse francophone. Dans le numéro 66 de septembre 2001 du Petit Jour, nous évoquions le profil de la presse écrite au Canada. Dans ce numéro, nous abordons quelques éléments de la presse francophone.

Une langue officielle

Le Canada fait partie d’un nombre limité de pays dans le monde possédant deux langues officielles. On peut notamment lire dans la législation canadienne que « Attendu que la Constitution dispose que le français et l’anglais sont les langues officielles du Canada et qu’ils ont un statut et des droits et privilèges égaux quant à leur usage dans les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada; qu’elle prévoit l’universalité d’accès dans ces deux langues en ce qui a trait au Parlement et à ses lois ainsi qu’aux tribunaux établis par celui-ci … (1) » Ces éléments protègent, en théorie du moins et dans une certaine mesure, les droits des francophones canadiens et tout porte à croire que le français a sa place tout comme l’anglais ! L’état de la presse francophone à travers le pays nous donne un indice de l’état du français à travers le pays.

Pourtant, le Québec a senti le besoin de se doter de différents outils législatifs au fil des années pour faire du français la véritable langue d’usage. On peut en apprendre davantage sur l’historique de ces leviers légaux en consultant le site de l’Office de la langue française créée en 1961 pour assurer la promotion du français et le respect de la Charte de la langue française au Québec. Un tel organisme n’existe pas dans les autres provinces et seul le Nouveau-Brunswick est une province officiellement bilingue. (2) Nous pourrions débattre sans limite des risques de voir éventuellement le français disparaître de l’Amérique. Un coup d’œil sur le tableau I suffit quant à moi pour faire réfléchir le lecteur. On constate que la proportion de personnes d’origine ethnique francophone qui parle encore français en Amérique est limitée aux Etats-Unis et à l’extérieur du Québec..

Tableau I

Que se passe-t-il aux USA ?

Il est intéressant d’observer ce qui se passe depuis quelques années aux États-Unis. Les hispanophones, qui constituent un groupe important de l’immigration récente américaine, représentent plus de 35 millions d’habitants (~10% de la population). Plus d’une vingtaine d’états américains ont choisi adopté une loi faisant de l’anglais l’unique langue officielle d’un état, dans la perspective de protéger l’anglais ! Les autres états n’ont pas encore adopté de loi en ce sens à ce jour mais plusieurs y songent. (3) Cet état de fait suggère que les moyens mis en place par les Québécois trouvent audience hors Canada.

De nombreux habitants de la Nouvelle-France,   du Bas-Canada puis du Québec ont émigré aux États-Unis au cours du XIXème et du Xxème siècle. On retrouve une trace de leur émigration avec quelques journaux francophones encore publiés de nos jours tels que le Journal Français (depuis 1975 – mensuel – 35 000) de Californie, Le Francophone de Floride, les Feux Follets (1986 – annuel – 400) de Louisiane, la Gazette de Louisiane (5 par an), Le Forum (1972 – 4 500) du Maine, Le Canado-Américain (trimestriel – 38 000) du New Hampshire, Le France-Amérique (1943 – hebdomadaire – 20 000) de New York et L’Union (bimestriel – 14 000) du Rhode Island. (1)

En parlant du recensement au Canada

Au dernier recensement canadien dont les résultats sont disponibles et publiés (1996 – population de 28 528 125 – elle atteint aujourd’hui plus de 30 millions d’habitants), on apprend que la langue maternelle rapportée par les canadiens est l’anglais (60,5 %), le français (23,5 %) ou d’autres langues (15,7%). Au niveau de la langue parlée à la maison,   les proportions sont similaires bien que légèrement inférieures pour le français (22,8 %). Moins de 10 % des francophones canadiens habitent hors Québec. Enfin, 31,5 % des canadiens affirment connaître le français sans toutefois le maîtriser ou le parler couramment. (4)

En 2001, on peut dire que sur un total de près de 30 millions de Canadiens, 9 millions le parlent, l’écrivent, le chantent, travaillent et vivent en français. De ce nombre, 7 millions sont d’origine francophone et 2 millions ont adopté le français comme langue seconde. (10)

Petit rappel historique

« La souche francophone en Amérique a pris naissance avec la prise de possession du Canada au nom du roi de France par Jacques Cartier en 1534. En 1627, la Nouvelle-France compte un peu moins de 100 habitants dont moins d’une douzaine de femmes. En 1629, elle tombe aux mains des anglais (par l’action des frères Kirke) qui l’occuperont durant 3 ans. Le premier recensement (1665) compte 3215 habitants; la population de Nouvelle-France passe à près de 30 milles habitants en 1726. En 1759, le général James Wolfe entreprend le long siège de Québec. Avec le traité de Paris de 1763, la France cède à l’Angleterre la Nouvelle-France incluant l’Acadie et la rive gauche du Mississipi.   On assiste à la création de la « Province of Quebec ». « En 1791, l’Acte constitutionnel divise le territoire canadien en 2 colonies : le Bas-Canada à majorité de langue française et le Haut-Canada, à majorité de langue anglaise.   En 1825, la population du Bas-Canada est de près d’un demi million d’habitants tandis qu’elle n’est que de 157 923 habitants au Haut-Canada. À la suite du soulèvement de 1837 au Bas-Canada par des patriotes qui revendiquent des droits particuliers pour le Bas-Canada, Lord Durham présente un rapport conseillant des mesures essentielles pour rétablir la paix et notamment la nécessité d’angliciser les canadiens français.   En 1867, entre en vigueur l’Acte de l’Amérique du Nord-Britannique qui réunit la Nouvelle Écosse, le Nouveau Brunswick, l’Ontario et le Québec et donne au français le statut de langue officielle aux parlements fédéral et provincial (Québec) et devant les tribunaux. La population du Québec dépasse le million d’habitants. En 1974, la loi 22 proclame le français langue officielle du Québec. Suivront différents amendements qui continuent de protéger la langue française au Québec. » (5)

Petite histoire de la presse francophone

« Il n’y a pas eu de journal en Nouvelle-France, en partie à cause du refus de l’Administration française d’établir des presses typograhiques dans la Colonie » rapporte l’encyclopédie canadienne. (6)   « En 1764, William Brown et Thomas Gilmore, deux imprimeurs de Philadelphie, lancent à Québec la Gazette de Québec, un journal bilingue. Vers 1780, Fleury Mesplet, un imprimeur français qui avait été emprisonné pour avoir tenté de persuader le Québec de participer à la Révolution américaine, publie La Gazette de Montréal », encore publiée de nos jours mais qui devint uniquement anglophone plus tard. Suivent au début du dix-neuvième siècle la publication du journal Le Canadien (1806) et de La Minerve (1826) pour assurer la promotion de la classe professionnelle qui fleurit. La publication quotidienne devient monnaie courante dans les années 1840 avec la Gazette. En 1873, le Canada compte 47 quotidiens et 112 en 1900. (6)

« L’essor d’une nouvelle classe ouvrière dans les grandes villes, favorise l’apparition de journaux de genres différents qui mettent l’accent sur les nouvelles locales, la grande diffusion, les petits annonces et dans certains cas les scandales » .   « Au Québec, toutefois, la croissance des journaux est entravée par le faible taux d’alphabétisation. En 1871, seulement 50 % des francophones adultes du Québec savent lire et écrire comparativement à 90 % des adultes d’Ontario. On trouve uniquement au Québec des quotidiens qui poursuivent des objectifs religieux, notamment le journal catholique ultramontain Le Nouveau Monde (1867). » (6)

La Presse (de Montréal) naît en 1884 grâce à William-Edmond Blumhart et au soutien de la famille Wuterle. Le journal est lancé par des conservateurs insatisfaits du gouvernement du premier ministre John A. Macdonald et de l’appui qu’il reçoit du journal Le Monde, dirigé par Hector Langevin. En 1955, Paul Desmarais devient le véritable propriétaire du journal, désormais de tendance libérale.   On appelait ce journal le « bréviaire des canadiens français » à cette époque. (6)

Dans l’ouest canadien

En 1898, on assiste à la naissance du premier journal franco-albertin L’Ouest canadien. Six journaux francophones verront le jour mais n’auront pas tous la même longévité. Le journal L’Union fondé en 1917, était, selon Le Devoir, l’un des dix meilleurs journaux indépendants du     français. Des différents entre les dirigeants du journal L’Union et l’Association canadienne française de l’Alberta (fondée en 1926) finissent par engendrer la disparition de L’Union en 1929 et la fondation d’un nouveau journal La Survivance (1928) qui deviendra désormais l’organe officiel des Associations françaises d’Alberta et de Colombie. Pendant de nombreuses années, les Oblats le financent et en gardent le contrôle jusque dans les années 70. À ces débuts, le contenu du journal était d’un ton qualifié d’européen puisqu’il relatait des événements comme la montée du fascisme et la Deuxième guerre mondiale. Avec le temps, il se rapproche de la communauté lui conférant un ton plus représentatif de sa population. Il est à noter que jusqu’en 1965, date de la création du journal Le Soleil de Colombie par M. André Piolat, La Survivance couvrait les Territoires du Nord-Ouest et la Colombie-Britannique. En 1962, il était même question de fusionner les trois journaux de l’Ouest qui appartenaient aux Oblats: La Survivance en Alberta, Le Patriote en Saskatchewan et La Liberté au Manitoba. Cette idée sera finalement abandonnée du fait de la distance qui aurait occasionnée des problèmes de distribution. En 1967, c’est Monsieur Jean-Maurice Olivier, alors rédacteur en chef du journal, qui arrive à convaincre les Oblats de changer le nom en Franco-Albertain. (14)

Ailleurs au Canada

En 1910, le nationaliste Henri Bourassa fonde le Devoir pour promouvoir les intérêts du Québec.   A la même époque, des journaux francophones voient le jour au Manitoba (La liberté – 1913), au Nouveau-Brunswick ( Le Madawaska – 19) et en Ontario (Le Droit – 1917). Les autres provinces canadiennes verront la création de journaux francophones à la fin du XX ième siècle.

Il est important de mentionner que l’émigration de francophones du Québec vers l’Ontario et l’Ouest Canadien (et particulièrement le Manitoba) ont contribué à l’essor de la presse francophone. Le Centre du patrimoine du Manitoba recèle plusieurs dizaines de journaux, revues et périodiques du Manitoba français, établie notamment à Saint-Boniface, tout près de Winnipeg. Malheureusement, il ne subsiste aujourd’hui que La Liberté (1913).   Le Montagnard s’est éteint en 1998, le St-Claude Gazette en 1987 et Le Reflet en 1984.

Les journaux et la politique

Durant le XIX ème et le début du XX ème   siècle, on assiste à la politisation des journaux, partagés entre les 2 grands partis soient le parti réformiste (devenu le Parti libéral actuellement au pouvoir avec Jean Chrétien depuis le début des années quatre-vingt-dix – à ne pas confondre avec une version plus récente du parti réformiste rebaptisée l’an dernier l’Alliance canadienne) et le Parti Conservateur.   On retrouve ainsi très souvent deux journaux dans les grandes villes du pays pour refléter les 2 grands courants politiques. Les lecteurs s’attendent à ce que les journaux prennent parti.

En 1917, on assiste à la création de la Presse Canadienne (PC – 1917), une agence coopérative de nouvelles intérieures.   Malheureusement, le service en langue française ne débute qu’en 1951 et dessert aujourd’hui 11 journaux avec une production quotidienne de 250 000 mots. En 1937, on assiste à la création du Conseil de la vie française en Amérique en 1937 à l’occasion du deuxième congrès de la langue française. Ce Conseil est devenu le principal organisme qui ait une préoccupation pour l’ensemble de la francophonie nord-américaine (8)

Les tabloids

Dans les années cinquante, la venue de la télévision brise le monopole de la publicité pour les journaux. À partir de 1960, on voit apparaître des tabloïds dans la plupart des zones urbaines d’importance.   Pierre Péladeau lance Le Journal de Montréal (1964) et Le Journal de Québec (1967). Péladeau bâtit l’empire Quebecor World, aujourd’hui premier imprimeur mondial avec plus de 43 000 employés, 160 ateliers répartis dans 16 pays du monde. Une des filiale est Sunmedia, 2ème groupe de journaux au Canada avec 8 grands quotidiens, plus de 180 journaux régionaux principalement au Canada.   Sans doute la réussite la plus importante des francophones d’Amérique en matière de presse écrite et électronique (7)

Au Canada, deux études célèbres (Comité Davey 1969-70 et Commission royale sur les quotidiens – Kent – 1980-81) ont eu un impact sur l’évolution de la presse écrite.   Elles ont notamment questionner la concentration de la propriété des journaux et la diminution de la concurrence.   A la fin des années quatre-vingt, des conseils de presse ont été mis en place dans presque toutes les provinces canadiennes, sur recommandation de ces comités.

Les hebdos régionaux

« À mesure que le nombre de quotidiens des grandes villes diminue et que les journaux restants cessent la livraison non rentable à l’extérieur des villes, les journaux communautaires connaissent une vague de prospérité. De 1971 à 1980, la somme du tirage des hebdomadaires communautaires passe de 3,8 à 8,8 millions d’exemplaires et atteint 9,5 millions en 1985 dont 2,8 millions qui sont bilingues. » (6) De nombreux journaux communautaires sont distribués gratuitement, étant financés par les revenus publicitaires. Il faut souligner la présence du groupe Transcontinental qui est le premier éditeur de journaux hebdomadaires au Québec et le deuxième au Canada. Dans la seule région de Montréal, il rejoint 1,2 million de foyers. Il agit aussi à titre d’imprimeur d’autres journaux dont il n’est pas le propriétaire. Le groupe publie 70 hebdos francophones québécois dont les noms n’ont toutefois pas été reproduits dans le tableau qui suit. Nous y reviendrons dans un article ultérieur sur la presse québécoise.

« En 1986, le tirage des 110 quotidiens est d’environ 5,5 millions d’exemplaires. Une étude de marché révèle que 80 % de la population lit au moins 3 ou 4 numéros de quotidiens par semaine. Le nombre des lecteurs est un peu plus bas au Canada-français qu’au Canada-anglais.   Selon la commission Kent, le marché francophone représente 18 % du tirage national (soit moins que son importance démographique) répartis entre 11 journaux d’importance dont 9 publiés au Québec, 1 à Ottawa et 1 à Moncton. 80 % du tirage des journaux français reviennent à 3 groupes : le groupe Quebecor de Pierre Péladeau (50 % du tirage), Gesca de Paul Desmarais et Unimédia de Jacques Francoeur. » (6)

En 1976, on crée l’Association de la presse francophone regroupant 24 hebdomadaires et bimensuels canadiens de langue française à l’extérieur du Québec.   Le tableau II qui répertorie les principaux journaux francophones d’Amérique s’inspire en grande partie du matériel disponible sur le site de cette association.   (9)

À la lecture du tableau II, on voit que chaque province canadienne possède au moins un journal francophone hebdomadaire bien que le tirage soit généralement limité (< 5000 copies) et que plusieurs soient publiés de façon hebdomadaire et sans site WEB. Outre le Québec qui compte plus de 70 hebdos et 9 quotidiens, l’Ontario possède 17 hebdomadaires, quelques bimensuels et 1 quotidien.

On peut se demander si la presse francophone pourra survivre et quelle sera son évolution dans une Amérique multi-ethnique où l’anglais et l’espagnol domine. Une meilleure connaissance de son histoire peut aider à en protéger le futur !

Références

  1. Gouvernement du Canada – ministère de la justice. http://lois.justice.gc.ca/fr/O-3.01/49569.html site visité le 18 octobre 2001
  2. Gouvernement du Québec – Office de la langue française – http://www.olf.gouv.qc.ca/index.html site visité le 2 octobre 2001
  3. Language legislation in the USA. http://ourworld.compuserve.com/homepages/JWCRAWFORD/langleg.htm site visité le 19 octobre 2001
  4. Statistiques Canada – Le Canada en statistiques – recensement de 1996 – www.statcan.ca/francais/Pgdb/People/Population Site visité le 27 septembre 2001
  5. Provencher Jean. Chronologie du Québec 1534-2000. Boréal Compact. 2000.
  6. Creery T. (Journaux), Pohle K. (Presse canadienne). L’Encyclopédie canadienne 2000 – édition mondiale.   McClelland & Stewart Inc., 1999.
  7. Quebecor World – http://www.quebecor.com/htmfr/0_0/0_1.asp site visité le 21 octobre 2001
  8. Le Conseil de la vie française en Amérique. http://www.cvfa.ca/accueil.html site visité le 2 octobre 2001d
  9. L’association de la presse francophone. http://www.afp.ca/ site visité le 19 octobre 2001.
  10. La francophonie en Colombie-Britannique. http://www.ffcb.bc.ca/ site visité le 17 octobre 2001
  11. La francophonie nord-américaine – http://www.fl.ulaval.ca/cefan/franco/ site visité le 12 octobre 2001
  12. La francophonie à Terre-Neuve et Labrador – http://www.francophonie.nfld.net/ site visité le 10 octobre 2001
  13. La francophonie en Ontario – http://www.ofa.gov.on.ca/francais/comfraco.htm#histo site visité le 22 octobre 2001
  14. Histoire du Franco.   Site visité le 6 octobre 2001

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HISTOIRE DE LA PRESSE ETHNIQUE  AU CANADA (~1800-aujourd’hui)

Le Canada est un pays bilingue où l’anglais et le français se côtoient. Il est aussi la terre de nombreuses nations autochtones et la terre d’accueil de nombreuses nationalités. L’objectif de ce troisième article sur la presse au Canada est de présenter un profil de la presse ethnique, en suite aux parutions des numéros 66 et 67.

Multiculturalisme (mosaïque culturelle canadienne ) ou melting-pot américain ?

« Le Canada a la réputation d’être une nation multiculturelle i.e. que les Canadiens n’ayant pas les mêmes origines raciales ou culturelles ne partagent pas un héritage unique. Au contraire : le Canada d’aujourd’hui comprend une vaste diversité culturelle et raciale, qui est le résultat de plusieurs siècles d’immigration. » (1)

« En 1971, le Canada est devenu le premier pays au monde à se doter d’une politique sur le multiculturalisme » révèle le site WEB de Communication Canada. « En 1986, le gouvernement a adopté la Loi sur l’équité en matière d’emploi et, en 1988, la Loi sur le multiculturalisme canadien ». Cette politique sur le multiculturalisme reconnaît la riche diversité ethnique et raciale. On décrit souvent le Canada comme étant une mosaïque culturelle par opposition au melting-pot américain, où chacun devient américain. « La Loi sur le multiculturalisme canadien enjoint expressément au gouvernement fédéral de faire en sorte que tous les citoyens canadiens soient traités sur un pied d’égalité dans les sphères économique, sociale, culturelle et politique, (…) quelles que soient sa race, son origine ethnique, sa langue et sa religion » (2).

Petite histoire de l’immigration au Canada

Pour comprendre la presse ethnique canadienne, il incombe de suivre l’histoire de l’immigration au Canada, résumée par des extraits d’un site WEB canadien. « L’’immigration a toujours joué un rôle primordial dans la définition du caractère de la société canadienne. Quoiqu’une minorité seulement de Canadiens aient vécu l’expérience de l’immigration (moins de 16 % des citoyens sont nés à l’étranger, nous avons tous un immigrant parmi nos parents plus ou moins éloignés. En effet, le Canada n’existerait pas sans ses immigrés. » (1)

« Plusieurs dizaines de milliers d’années avant l’arrivée des premiers Européens, les ancêtres des Autochtones d’aujourd’hui traversèrent la banquise qui reliait l’Asie à l’Amérique du Nord pour s’installer sur le continent nord-américain. Au cours des siècles ils se répandirent sur tout le continent, tissant une riche tapisserie de groupes linguistiques et culturels. L’arrivée des premiers Européens remonte à environ 500 ans, époque à laquelle le Canada n’existait pas encore. Les premiers colonisateurs furent les Français qui s’établirent le long du Saint-Laurent et de ses affluents. Ils furent suivis de colons français et anglais, dont les avant-postes se faisaient concurrence dans les provinces maritimes. Au dix-huitième siècle les Anglais vainquirent les Français à Québec, prenant ainsi possession des anciens territoires français. Lors de la Révolution américaine, la défaite des Anglais poussa une vague de Loyalistes fidèles à la Couronne à aller s’établir en Amérique du Nord britannique (Canada). » (1)

« Pendant les cent cinquante ans qui suivirent, l’immigration se poursuivit. La plupart des colonisateurs étaient d’origine anglaise, écossaise et irlandaise, attirés par les possibilités offertes par le Nouveau Monde. D’autres, dont un grand nombre d’immigrants écossais et irlandais expulsés de leurs terres ou victimes de mauvaises récoltes, fuyaient la famine et une pauvreté écrasante. Parmi les immigrants, on compte aussi des Américains, recrutés par des agents responsables de la vente des terres et de l’embauche des travailleurs. » (1)

« Au début, la majorité des immigrants furent d’origine britannique et américaine. Cependant, d’autres nationalités et d’autres races arrivèrent aussi. De nombreux immigrants européens furent attirés par le potentiel économique du Canada, ou par le refuge qu’il représentait face aux persécutions religieuses et politiques. Pendant les années précédant la Guerre civile américaine, des milliers d’esclaves noirs qui s’enfuyaient des États-Unis par la filière clandestine vinrent se joindre aux Européens. Après la Confédération de 1867, des milliers d’Irlandais et de Chinois furent embauchés pour construire la voie ferrée du Canadien Pacifique. Sur la côte ouest, d’autres Chinois se joignirent à la vague de chercheurs de fortune venus du monde entier après la découverte de l’or en Colombie-Britannique et au Yukon. » (1)

« Au début du vingtième siècle, des centaines de milliers d’Américains en quête de terres agricoles, ainsi que des immigrés d’Europe centrale et de l’est recrutés par des agents d’immigration, s’établirent sur les Prairies et l’ouest du pays. (…) À mesure que se répandit cette réticence à l’égard de l’immigration, le public exigea des politiques plus restrictives. Le gouvernement réagit en imposant de nouveaux règlements et en renforçant ceux déjà en place, par exemple la prohibition de l’immigration asiatique. On contrôla plus strictement l’entrée des Européens de l’est et on l’interdit à la majorité des Juifs et des habitants du sud de l’Europe. Le début de la Crise des années 1930 aggrava la méfiance à l’égard des étrangers qui cherchaient du travail au Canada. Même ceux d’origine britannique se virent refuser l’entrée. Comme les autres pays, le Canada ferma ses portes au monde, et cette politique fut poursuivie jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. » (1)

« La fin de la Deuxième Guerre mondiale marqua les débuts d’une expansion économique si rapide (…) et le Canada mit fin aux restrictions sur l’immigration et fit venir d’Europe des centaines de milliers de travailleurs et leurs familles. Tout en continuant d’accorder la préférence aux immigrants de Grande-Bretagne et d’Europe occidentale, le Canada s’ouvrit progressivement aux autres Européens. Certains vinrent des pays du sud de l’Europe, tandis que d’autres étaient des réfugiés des pays de l’Est occupés par l’Union Soviétique. Contrairement aux immigrants précédents, la plupart de ceux d’après-guerre s’installèrent dans les villes plutôt que sur des fermes ou dans des villes minières et forestières isolées. Tous n’étaient pas non plus ouvriers. Bon nombre avaient une formation et une expérience professionnelles de haut niveau » (1).

« Au cours des années qui suivirent, le Canada accueillit des vagues de réfugiés fuyant les pays de l’Est : la Hongrie (1956), la Tchécoslovaquie (1968) et la Pologne (1982-1985). » Des vagues d’immigration du sud-est asiatique (ex. Vietnam – 1970-80) et de la Chine (1990-2000) ont suivi. Des non Européens, venus surtout d’Asie et des Caraïbes, arrivèrent en nombre toujours croissant. Aujourd’hui, les immigrants et les réfugiés du Tiers Monde et d’autres pays non-européens sont trois fois plus nombreux que ceux venant d’Europe. Par conséquent, les minorités visibles sont devenues une partie de plus en plus importante de l’ensemble national. En fait, 90 p. 100 des Canadiens nés à l’étranger vivent dans les 15 zones urbaines principales du pays. En 1991, 30 p. 100 de la population totale de Vancouver et 38 p. 100 de celle de Toronto (soit plus d’un million de personnes à Toronto seulement) était née ailleurs qu’au Canada.

Profil de la population canadienne en 1996

Au recensement de 1996 (les résultats du denier effectué en 2000 ne sont pas encore publiés), on note que des 28,5 millions d’habitants. À partir des données, on décrit que 65 % sont d’origine unique et 35 % d’origine multiple.   (3) Outre l’origine, on considère que 11,2 % des canadiens font partie des minorités visibles (divisé en 27 % de chinois, 21 % de sud-asiatique, 18 % de noir, 8 % arabe, 7 % philipin, 5 % asiatique du sud-est et 14 % autres) et 2,8 % des nations autochtones (i.e. indiens, métis, inuit). (4)

Histoire de la presse ethnique

Notre recherche nous a mené à la découverte d’un ouvrage de Jean-Michel Lacroix portant sur l’Anatomie de la Presse ethnique au Canada.   Une trouvaille inespérée pour cerner le sujet. Nous retenons de cet ouvrage, publié en 1988, les éléments suivants (5). n considère que le premier journal ethnique publié au Canada fut le Die Welt, und Neuschottländische Correspondenz, fondé par Anthony Heinrich en janvier 1788 à Halifax, suivi en 1835 du Kanada Museum und Allgemeine Zeitung publié à Kitchener.   Dès 1851, des immigrants noirs fuyant l’esclavage des États-Unis publient le Voice of The Fugitive (1851-3) et le Provincial Freeman Weekly Advertiser (1853-57). Jusqu’à la fin du XIV ème siècle, la presse ethnique est représentée majoritairement par les communautés allemande, suédoise et islandaise.

Le Canada, désirant développer l’Ouest, accueille de nouveaux arrivants et favorise l’éclosion des communautés italiennes (premier journal en 1894), juive (The Jewish Times 1897) et slave (1904). En 1988, Lacroix recense 14 journaux nés entre 1877 et 1915 qui paraissent encore aujourd’hui soient : Mennonitsche Rundschau (Allemand, Winnipeg, 1877), le Lögberg-Heimskringla (Islandais, Winnipeg, 1886), le Kanadiis’kyi Farmer (Ukrainien, Winnipeg, 1903), le Chinese Times (Chinois, Vancouver, 1907), le Der Courier (Allemand, Winnipeg, 1907), le Kanader Adler (Juif, Montréal, 1907), le Norröna (Norvégien, Winnipeg, 1910), le Ukrainskyi Holos (Ukrainien, Winnipeg, 1910), le Dos Yiddishe Vort (Juif, Winipeg, 1910), le New Republic (Chinois, Vancouver, 1911),   le Yiddisher Journal (Juif, Toronto, 1912), le Die Post (Allemand, Steinbach, 1913), le Canadian Uutiset (Finlandais, Thunder Bay 1915) et le Czas (Polonais, Winnipeg, 1915).

En 1981, l’auteur cite une source ayant identifié 250 journaux ethnique publiés au Canada en 44 langues à l’intention de 47 groupes ethno-culturels différents.  Les recherches Lacroix lui permettent d’identifier de nombreuses sources de mêmes que de nombreux facteurs de confusion. Qu’entend-on par presse ethnique ? Doit-on regrouper les titres en fonction du continent (ex. les européens), du sous-continent (ex. sud-asiatique), du groupe ethnique (ex. les slaves, les serbes), de la nationalité d’origine (ex. les marocains), de la langue (ex. mandarin), de la religion (ex. musulman), la localisation (ex. Vancouver), la fréquence etc.   Bref, tout un défi.

La recension effectuée par Lacroix permet de recenser en 1988 un total de 324 publications utilisant près de 50 langues et s’adressant à plus de 60 groupes culturels. Il faut signaler toutefois seulement 11 quotidiens (1 en espanol, 2 en coréens et 8 en chinois). Plus des deux tiers sont publiés aux 2 semaines ou moins fréquemment.   La plupart de ces périodiques sont publiés dans les grandes villes. On retrouve 57 % en Ontario (surtout à Toronto), 21 % au Québec (surtout à Montréal), 12 % en Colombie-Britannique (surtout à Vancouver), 9 % en Saskatchewan et Alberta et 6 % au Manitoba (à Winnipeg). Fait intéressant, le Manitoba qui fut la source de nombreuses publications ethniques au début du siècle n’en recense qu’une vingtaine en 1988 et représente une proportion beaucoup plus limité au niveau canadien.

Une recension du nombre de publications par groupe ethno-culturel montre en ordre décroissant les italiens (9 %), les chinois (7 %), les indiens (7 %), les ukrainiens (6 %), les juigs (5 %), les allemands (5 %0, les pakistanais (5 %), les latino-américains (4 %), les arabes (4 %), les grecs (4 %), les portugais (3 %), lescoréens (3 %) sur un pied d’égalité avec les coréens, hongrois, japonais, philippins et vietnamiens.   À l’autre bout, on note un seul périodique pour les groupes autrichiens, biélorusses, bulgares, danois, égyptiens, iraniens, macédoniens, slovènes, turcs et yougoslaves (à cette époque).

Certains groupes sont sur-représentés i.e. que la proportion de journaux qu’ils publient dépasse leur poids démographique (e. tchèques, slovaques, croates, serbes, lithuaniens, estoniens ou lettons). « De même, plus la communauté est ancienne, plus elle a tendance à limiter le nombre de ses publications (ex. allemands, polonais, hongrois etc.). L’auteur s’aventure à proposer 4 catégories (presse juive, presse ethnique consacrée au triomphe des élites et à la mobilité du groupe, presse qui reflète la promotion des leaders et presse des opprimés ou colonisés) discutables que les lecteurs plus curieux pourront mieux comprendre en consultant son ouvrage. L’auteur, rappelle-t-il, n’a pas la prétention que d’avoir complété une pré-enquête sur le sujet, tant l’ampleur et la complexité justifient des travaux supplémentaires.

Intérêt pour l’anglais ou le français (6,7 )

Une étude menée sur les communautés culturelles au Québec et particulièrement à Montréal en 1991 (avec 1728 répondants répartis en italiens (13 %), grecs (12 %), portugais (12 %), arabes (12 %), chinois (12 %) , vietnamiens (12 %), latino-américains (12 %) et autres (17 %) nous donne de précieux renseignements sur les habitudes de ces communautés en matière de presse écrite, outre les périodiques publiés dans leurs langues. « De façon générale, on note une préférence pour les médias anglophones. Les groupes d’immigration récente (ex. arabe, vietnamiens, latino-américains) manifestent généralement une préférence pour les médias francophones. L’inverse se produit chez les groupes d’immigration ancienne (e. grecs, italiens) .   On retrouve parmi les chinois, les grecs et le groupe autres les plus grandes proportions déclarant être incapables de lire en français. Par contre, on observe des proportions importantes de portugais et de latino-américains incapables de lire l’anglais.

Et l’avenir ?

« En regard des événements du 11 septembre 2001, il n’est pas question pour le Canada de pratiquer le triage ethnique aux frontières (…) déclare le premier ministre du Canada, Jean Chrétien. Réagissant à une question du sondage Ekos publié dans La Presse, particulièrement à la question concernant l’établissement de profils raciaux aux frontières, une porte-parole du premier ministre a rappelé vendredi que M. Chrétien avait été constant et «fort» depuis le 11 septembre pour condamner tout geste de discrimination envers les communautés arabe et musulmane du Canada. » (8)

Le tableau 1 recense par langue (en précisant la ville et la province) les principaux journaux ethniques et autochtones publiés au Canada à ce jour. (9) On peut consulter la liste sur le site personnel de l’auteur (users.aei.ca/~bussiere)

Références

  1. Réalités canadiennes – le multiculturalisme au Canada. http://www.pch.gc.ca/csp-pec/francais/realites/multi/#immigration site visité le 4 janvier 2002
  2. Communication Canada – Le Canada en faits. http://www.communication.gc.ca/facts/multi_f.html site visité le 6 novembre 2001
  3. Statistique Canada – population selon l’origine ethnique – 1996 – http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/People/Population/demo28a_f.htm site visité le 4 janvier 2002
  4. Statistiques Canada – Le Canada en statistiques – recensement de 1996 –   www.statcan.ca/francais/Pgdb/People/Population   Site visité le 4 janvier 2002
  5. Lacroix JM. Anatomie de la presse ethnique au Canada Maison des Sciences d’Aquitaine, Centre d’études canadiennes de Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 1988.
  6. À propos du multiculturalisme au Canada. http://www.cpa.ca/cjbsnew/1996/ful_editof.html site visité le 6 novembre 2001
  7. Gouvernement du Québec. La consommation des médias par les communautés culturelles. 1991
  8. Toupin G. Cyberpresse Canada. Ottawa dit non au triage ethnique. http://www.cyberpresse.ca/reseau/politique/0109/pol_101090019386.html site visité le 7 novembre 2001
  9. Bibliothèque du Canada – Liste des journaux http://www.nlc-bnc.ca/8/16/index-f.html Site visité le 4 janvier 2002

Profil de la presse ethnique au Canada

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LANGUES PÉRIODIQUES – VILLES – PROVINCES 
Allemand Albertaner. Edmonton, AB Der Bote. Rosthern, SK Deutsche presse=wöchentliches. Toronto, ON Deutsche Rundschau. Sharon, ON Das Echo=L’écho communautaire du Canadien-Allemand= The echo of the German-Canadian community. Pointe-Claire, PQ Heimatbote=Monthly bulletin of the Alliance of the Danube-Swabians of Canada. Toronto, ON Kanada kurier. Winnipeg, MB : Alberta Ausgabe; Manitoba Ausgabe; Montreal Ausgabe; Ontario Ausgabe; Ottawa Ausgabe; Saskatchewan Ausgabe; Toronto Ausgabe; Vancouver Ausgabe. Mennonitische Post. Steinbach, MB Mennonitische Rundschau. Winnipeg, MB
Anglais Afro news. Aldergrove, BC ASEAN reporter. Brampton, ON Asian leader. Montréal, PQ Canadian Jewish news. Montréal, PQ Canadian Jewish news. Toronto, ON Edmonton Jewish life. Edmonton, AB India abroad. Fort Erie, ON India Journal. Mississauga, ON Jewish free press. Calgary, AB Jewish Western bulletin. Vancouver, BC The Philippine reporter. Toronto, ON Share. Toronto, ON South Asian voice. Brampton, ON Times of Sri Lanka. Scarborough, ON
Arménien Abaka=Apagay. Montréal, PQ Horizon. Montréal, PQ
Autochtone Alberta native news. Edmonton, AB Deh Cho Drum. Fort Simpson, NT The Drum. Scanterbury, MB Eastern door. Kahnawake, Mohawk Territory Ha-Shilth-Sa. Port Alberni, BC Inuvik drum.Inuvik, NT Kahtou news. Sechalt, BC Kivalliq News. Yellowknife, NT Kinosao Sipi journal. Norway House, MB Micmac-Maliseet Nation News. Truro, NS N’Amerind News. London, ON Nunatsiaq news. Iqaluit, NT Wawatay news. Sioux Lookout, ON Wikwemikong news. Wikwemikong, ON Windspeaker. Edmonton, AB
Chinois Canada-China news=Chung-hua tao pao. Ottawa, ON Chia ching hua pao=The Capital Chinese news. Ottawa, ON Chia hua chiao pao=Chinese-Canadian community news. Ottawa, ON Chia hua pao=The Chinese Canadian times. Edmonton, AB Hsing hus pao=Shing wah news. Toronto, ON Hua ch’iao shih pao=Chinese press=Presses chinoises. Montréal, PQ Manitoba Chinese post. Winnipeg, MB Shih chieh jih pao=World journal. Toronto, ON Sing tao jih pao. Eastern ed. Toronto, ON Sing tao jih pao. Western ed. Calgary, AB
Coréen Korea times=Hankukilbo. Toronto, ON New Korea times=Nyu Kolia taims. Toronto, ON
Croate Glasnik Hrvatske seljacske stranke. North Burnaby, BC Hrvatski glas=Croatian voice. Hamilton, ON
Espagnol Popular. Toronto, ON
Estonien Meie elu=Our life. Toronto, ON Vaba eestlane=Free Estonian. Toronto, ON
Finnois Canadan uutiset. Thunder Bay, ON Lansirannikon uutiset=West Coast news. Burnaby, BC Vapaa sana. Sudbury, ON
Gaélique Scottish banner. Nobleton, ON
Grec Gnome=Opinion. Burnaby, BC Greek Canadian voice. Vancouver, BC Hellenokanadika chronika=Hellenic-Canadian chronicles. Toronto, ON Hellenokanadiko vema=Greek Canadian tribune. Montréal, PQ Nea tou Chamilton=Hellenic Hamilton news. Hamilton, ON
Hébreu Jewish post & news. Winnipeg, MB
Hongrois Kanadai Magyarsag=Canadian Hungarians. Toronto, ON Magyar =let=Hungarian life. Toronto, ON Magyar napl.= Toronto, ON Menora,egyenlosg.= Toronto, ON
Indien Link. Winnipeg, MB
Islandais Logberg Heimskringla. Winnipeg, MB
Italien Alberta Italian times. Sherwood Park, AB Cittadino canadese=Canadian citizen. Montréal, PQ Congresso. Edmonton, AB Corriere canadese=The Canadian courier. Toronto, ON Corriere italiano. Montréal, PQ Eco d’Italia. Vancouver, BC Gazzetta. Windsor, ON Insieme. Montréal, PQ Messaggero Oratinese. Port Colborne, ON Il nuovo mondo. Edmonton, AB Ora di Ottawa. Ottawa, ON Ottawa times=Eco Latino. Ottawa, ON
Japonais Bankuba shinpo=Vancouver shinpo. Vancouver, BC Kanada taimusu=The Canada times. Toronto, ON New Canadian & NC journal. Toronto, ON Nikka times=Nikka taimusu. Toronto, ON
Letton Latvija Amerika. Toronto, ON
Lituanien Nepriklausoma Lietuva. Toronto, ON Teviskes ziburiai=The lights of homeland. Toronto, ON
Maltais L-ahbar. Toronto, ON
Néerlandais Hollandse krant. Vancouver, BC Nederlandse courant. Willowdale, ON Windmill herald : goed nieuws. Central-Maritimes ed. Surrey, BC Windmill herald : goed nieuws. Western ed. New Westminster, BC
Ourdou al-Hilal. Willowdale, ON Apna watan. Montréal, PQ Crescent international. Toronto, ON Eastern news. Mississauga, ON
Pendjabi Chardhi kala=The charhdi kala. Vancouver, BC Hamdard. Malton,ON Indo-Kainedian taimaz=Indo Canadian times. Surrey, BC Sangharsh=Sangharsha. Burnaby, BC Weekly Panj pani. Mississsauga, ON
Persan Iraniyan=Iranians. Toronto, ON
Polonais Czas=The Times. Winnipeg, MB Echo. Toronto, ON Gazeta. Toronto, ON Glos Polski,Gazeta Polska=Polish voice weekly. Toronto, ON Nowy kurier=Polish-Canadian independent courier. Toronto, ON Variety=Rozmaito´sci. Toronto, ON Zwiazkowiec. Toronto, ON
Portugais Jornal do emigrante.Montréal, PQ Lusitano. Cambridge, ON LusoPresse. Montréal, PQ Mundial. Winnipeg, MB Portugal noticias=Portugal news. London, ON Sol português=Portuguese sun. Toronto, ON Voice. Toronto, ON Voz de Portugal=Portuguese newspaper for the Portuguese community in Canada. Montréal, PQ
Roumain Cuvântul românesc=The Romanian voice. Hamilton, ON Luceafarul romanesc=The Romanian morning star=L’astre roumain. Montréal, PQ
Russe Info trade. Willowdale, ON Nasha gazeta. Ottawa, ON Yonge Street Review. Toronto, ON
Serbe Glas kanadskih Srba=Voice of Canadian serbs. Toronto, ON Kanadski Srbobran=The Canadian Srbobran. Toronto,ON Serbia=Srbija. Winona, ON
Slovène Kanadsk’y Slovak=The Canadian Slovak. Montréal, PQ Slovak World news. Stoney Creek, ON Slovenska drzava. Toronto, ON
Suédois Swedish press=Nya svenska pressen. Vancouver, BC
Tchèque Novy domov=New homeland. Toronto, ON Satellite 1-416. Toronto, ON
Turque Zaman Kanada. Etobicoke, ON
Ukrainien Homin Ukrainy=Ukrainian echo. Toronto, ON Nasha Meta=Our aim. Toronto, ON Novyi Shliakh=New pathway. Edmonton, AB Postup=Progress. Winnipeg, MB Ukraïna I svit=Ukraine and the world. Toronto, ON Ukrainian Canadian herald=Ukraïnsko-kanadskyi visnyk. Toronto, ON Ukrainian news=Ukraïnski visti. Edmonton, AB Ukraïnskyi holos=The Ukrainian voice. Winnipeg, MB Vistnyk=The herald. Winnipeg, MB
Vietnamien Th oi báo. Downsview, ON
Yiddish Jewish post & news. Winnipeg, MB

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LA PRESSE ACADIENNE AU CANADA (1867-auj.)

Petite histoire de l’Acadie (1, 12)

Le terme Archadia a été utilisé dès 1524 lors des explorations de Verrazzano sur la côte est atlantique. Le cartographe Zaltieri parle de Larcadia pour désigner ce qui est aujourd’hui au Canada la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. L’année 1604 est retenue comme année de fondation de l’Acadie avec l’établissement de colons à l’Ile-Sainte-Croix et la fondation du premier établissement permanent à Port Royal en 1605.  L’Acadie fut d’abord le lieu des premiers établissements agricoles européens.  Après la guerre de la succession d’Espagne (1701-1713), l’Acadie passe aux mains des anglais en 1713, notamment par le siège de sa capitale Port Royal qu’on renommera Annapolis Royal. Le Traité d’Utrecht mène à d’importantes concessions de la France qui conserve toutefois le territoire actuel du Nouveau-Brunswick et l’Ile du Cap-Breton (l’Île Royale) où elle bâtira sa forteresse de Louisbourg. Une bonne entente avec des peuples amérindiens comme les Micmacs contribue à la survie des acadiens. Durant la guerre de la succession d’Autriche, la forteresse de Louisbourg tombe aux mains des anglais.  La France en reprend possession avec le Traité D’Aix-La-Chapelle en 1748.  En 1749, la capitale anglaise est déménagée d’Annapolis Royal à Halifax pour contrer l’influence maritime et militaire de Louisbourg.  De 1755 à 1762, les britanniques forcent la déportation des acadiens qui refusent de prêter serment d’allégeance sans réserve à l’Angleterre, sous l’égide du gouverneur Charles Lawrence.  Des membres de la communauté acadienne ont récemment demander des excuses à la Couronne Britannique face à cette déportation massive.  (2)  Il est trop tôt pour dire si la Grande-Bretagne s’exprimera sur le sujet.  Cette déportation à mené au développement de petites communautés acadiennes beaucoup plus au sud, notamment dans les bayous de la Louisiane aux États-Unis.

La Guerre de Sept Ans débute en 1756 entre la France et l’Angleterre. Le traité de Paris (1763) marque la fin de la présence française dans les maritimes.  Par la suite, on assiste à une anglicisation des terres et les noms français sont remplacés par des noms anglais.  En 1784, le Nouveau-Brunswick d’aujourd’hui est séparé de la Nouvelle-Écosse avec l’arrivée des Loyalistes américains.  L’Île St-Jean devient l’Ile-du-Prince-Édouard en 1799.  On assiste à un retour timide des acadiens d’ici et de là, certains reprenant l’agriculture et d’autres la pêche.   Au début du XIXè siècle, on compte environ 10 000 acadiens dans le territoire des maritimes;  ils seront plus de 140 000 au début du XXè siècle.

Les acadiens élisent leurs premiers députés en 1830 et on assiste au développement d’établissements d’enseignement et sociaux.  Les acadiens s’opposent à la Confédération de 1867. L’élite acadienne se développe et se dose d’un drapeau (comme le drapeau français avec une étoile jaune sur la bande bleue), d’une fête nationale (l’Assomption, le 15 août), d’une devise (l’Union fait la force) d’un hymne national (Ave Maris Stella) et d’un premier journal de langue française : le Moniteur Acadien.  Le premier congrès acadien se tient en 1881.  En 1887, on fonde l’Évangéline, journal marquant du XX ème siècle. Le premier évêque acadien est nommé en 1912.  En 1960, on élit pour la première fois un Premier Ministre acadien au Nouveau-Brunswick avec Louis Robicaud. L’Acadie et les francophones des maritimes sont partagés lors des événements qui mènent à l’élection du Parti Québécois au Québec en 1976 et durant les 2 référendums de 1980 et 1995.  En 1981, le Nouveau-Brunswick devient officiellement bilingue.  En 1983, L’Évangéline ferme ses portes pour être remplacé par un journal subventionné par le gouvernement (Le Matin) et un journal privé (L’Acadie Nouvelle). Seul le second survivra. En 1996, les provinces maritimes comptent 16% de francophones parmi leur population.  Cette proportion est de 33 % au Nouveau-Brunswick (seule province officiellement bilingue au Canada) mais seulement de 4,2 % à l’Ile du Prince-Édouard et de 3,9 % en Nouvelle-Écosse. Il est important de rappeler que l’Acadie n’a jamais eu de délimitation géographique unique et qu’elle regroupe généralement les habitants des provinces maritimes, qui ont en commun la langue française, la religion catholique et la vie rurale.    Encore aujourd’hui, la communauté acadienne est vivante plus que jamais et cherche à protéger ses racines, son histoire, sa culture et être maître de son avenir.  (1-3)

La presse écrite en Acadie

Le premier journal  francophone est fondé en 1867 à Shédiac  avec le Moniteur Acadien.  Deux autres journaux marqueront l’histoire de la presse écrite acadienne avec l’Évangéline (1887-1982) né à Digby en Nouvelle-Écosse et l’Impartial (1893-x) né à Tignish à l’Ile-du-Prince-Édouard.

Dans le cadre du Congrès mondial acadien tenu en 1994 et regroupant plus de 2400 acadiens, une table ronde a été menée sur la situation de la presse écrite en Acadie.  Quatre rédacteurs en chefs ont exprimés leurs points de vue, que je résume dans ce qui suit.  (4)  Nelson Landry de l’Acadie Nouvelle raconte que « les années 1980 ont été une période difficile pour la presse écrite acadienne. Après la fermeture de L’Évangéline en 1982, l’Acadie du Nouveau-Brunswick est demeurée presque deux ans sans quotidien; dans certaines régions, ce fut cinq ans. Au milieu des années 1980, l’Acadie du Nouveau-Brunswick comptait deux quotidiens et quelques hebdomadaires dont certains ont disparu depuis, à cause de difficultés financières (…) La presse écrite acadienne n’a pas progressé durant cette décennie mais aujourd’hui, la presse écrite acadienne jouit de la meilleure santé de son histoire. Par exemple, l’Acadie nouvelle tire à 20 000 exemplaires, Le Madawaska à 10 000 et les autres hebdos tirent à 5 000 exemplaires en moyenne »

Anne Gaudet de l’hebdomadaire Le Courrier en Nouvelle-Écosse raconte que « depuis la création en 1937, le seul journal francophone de Nouvelle-Écosse (…) a connu quatre directeurs ou propriétaires qui ont tous marqué une étape de changement soit dans l’idéologie du journal, soit dans son format ou son aire de distribution. (…) Il est passé d’une philosophie de « pas de politique, juste assez de religion pour plaire à tous les goûts » à une mission de « libération du pays ». Sa distribution s’est étendue à l’échelle provinciale et son tirage fluctue constamment en dents de scie. En 1990, un sondage indépendant révélait un malaise évident entre ceux qui créent le journal et ceux qui le lisent. On a dénoté que la population est intéressée strictement par les nouvelles locales et qu’elle ne veut pas de ces grands rêves d’une presse d’opinion. (…) Quant aux jeunes (15 à 35 ans), ils demeurent indifférents; ils ne savent plus lire en français, anyway.  Le phénomène de l’assimilation est une préoccupation grandissante. Si l’on veut sauvegarder un journal de langue française en Nouvelle-Écosse, on ne peut certainement pas attendre que les générations à moitié assimilées se refrancisent, car le journal ne survivrait pas à cette période d’attente. Avec toute la nouvelle technologie, la presse écrite acadienne sera disponible au monde entier, à toute la diaspora acadienne; cela veut dire aussi à toute la francophonie. Plus d’isolement, plus de repliement. »

Marcia Maddix-Enrnan, directice de la Voix Acadienne à l’Ile-du-Prince-Edouard raconte que : » la Voix acadienne fondée en 1975 était à l’origine mensuel, puis est devenu bimensuel, puis hebdomadaire. Comme tous les hebdos, La Voix acadienne connaît son lot de difficultés financières en cette période de restrictions. La Voix acadienne jongle avec des difficultés liées au recrutement du personnel, à la combinaison de postes et à son tirage limité. Le journal entre dans la grande majorité des foyers francophones de la province. La population de langue maternelle française de l’île étant d’environ 5 000 personnes, le tirage de La Voix acadienne plafonne à 1200 exemplaires. Notre lectorat varie de l’analphabète fonctionnel au détenteur de doctorat. La grande diversité de cette mosaïque humaine n’est pas sans causer des problèmes de contenu. Combien de fois nous a-t-on menacés de nous retirer un abonnement ou une annonce si nous publierions telle ou telle chose ? »

Enfin, Loic Vennin, rédacteur en chef de Ven’d’est racontait que : «l ’électronique offre une occasion formidable de développement pour la presse acadienne.  L’entrée de l’électronique dans les médias représente un formidable progrès pour Ven’d’est, le seul magazine acadien (…) plus du tiers des abonnés de Ven’d’est vivent hors du Nouveau-Brunswick, plus de 14 p. 100 sont au Québec et 10 p. 100 aux États-Unis (en Louisiane) ou en France (Belle-Île-en-Mer) etc.

Le tableau 1 présente un inventaire des principaux journaux acadiens publiés au cours de cette histoire.  Les noms en caractères gras sont encore publiés à ce jour.

Un mot de la Louisiane

Un ouvrage sur la presse française dans le sud et l’ouest des États-Unis nous apprend que (5) : « la première publication française dans le sud fut Le Courrier de la Nouvelle-Orléans, qui parut de 1785 à 1786. Le premier véritable journal louisianais fut, cependant, Le Moniteur de la Louisiane, fondé le 3 mars 1794 par un imprimeur réfugié de Saint-Domingue, Louis Duclot. Celui-ci, en 1796, s’adjoignit comme rédacteur en chef un émigré royaliste, Jean-Baptiste Lesur-Fontaine. (…)  Dans une période troublée, et dans les vingt premières années du XIXe siècle, les journaux français poussèrent en  Louisiane comme des champignons et moururent comme des mouches. Ils portaient parfois des noms pittoresques : La Lanterne magique (1798), La Trompette (1811), L’Ami des Lois (1809). Plus sérieux fut L’Union qui, comme son titre l’indique, fut créé en 1803 après la cession par la France de la Louisiane aux États-Unis, pour réaliser l’entente entre les anciennes populations françaises et les Américains nouveaux venus ».

« Le Télégraphe, créé vers la même époque, fut bientôt bilingue, et devint The Telegraph avant de s’appeler plus tard The Advertiser. Mais d’autres journaux restaient résolument de langue française, comme L’Echo, créé en 1809, et La Guêpe, fondée en 1817, organe républicain qui se faisait fort de «piquer» les Bourbons revenus sur le trône en France.  C’est en 1826 que fut créé le grand journal qui allait être, à la Nouvelle-Orléans, I’égal de ce qu’était Le Courrier des États-Unis à New York. Il s’appelait L’Abeille, et comme ce nom l’indique, il était au début bonapartiste, tout comme l’était Le Courrier à ses origines. Les réfugiés bonapartistes, parmi lesquels se trouvaient en 1815 les généraux Grouchy et Lefebvre-Desnouettes (qui créa une ville française dans l’Alabama), étaient nombreux en Louisiane. Mais L’Abeille s’éleva très au-dessus du parti pris politique ; il cessa d’être napoléonien en 1870, devenant un grand organe de langue et littérature françaises. Ce n’est qu’à la veille d’être centenaire qu’il devait disparaître, en 1824.  Dans les paroisses louisianaises, bien des efforts furent tentés pendant le XIXe siècle pour faire vivre des journaux français. Les trois premiers furent La Gazette de Bâton Rouge, fondée en 1819, Le Courrier de Natchitoches et La Gazette des Opelousas, qui tous deux remontent à 1824. Une centaine de ces publications furent éphémères, mais onze durèrent plus de 25 ans: Le Pionnier de I ‘Assomption à Napoléonville, Le Meschacebé à Saint Jean-Baptiste, Le Méridional à Abbeville, Le Whig à Saint-Landry, La Gazette de Bâton-Rouge, La Sentinelle de Thibodaux, L’Observateur de Plaquemines, L’Avant-Coureur de Saint Charles, L’Etoile d’lbérie, L’lmpartial de Layette et le Courrier du Tèche. »  (5)

« La constitution louisianaise de 1921 a rendu l’éducation obligatoire en Louisiane, cédant le pas à une époque où la langue française orale était dénigrée et l’anglais écrit favorisé. Ce n’est qu’en 1974 que la loi a été changée. Il y a eu une renaissance française dans le sud-ouest de la Louisiane dans les années 1970 et 1980 ». Ajourd’hui, il reste un nombre limité de publications francophones, comme j’ai pu le constater lors d’un voyage à la Nouvelle-Orléans en décembre 2001. Il y a le Tintamarre (journal étudiant à Shreveport), la Gazette du CODOFIL (un journal de l’Agence d’état) et l’Acadjin (notamment pour les programmes d’immersions). (6)

En attendant, l’Acadie prépare ses célébrations officielles de son 400ème anniversaire pour 2004.   Plusieurs ouvrages ont été publiés sur l’histoire de l’Évangéline, un journal témoin de plusieurs années d’histoire en Acadie. (7-9) L’Association  acadienne des journalistes est un excellent point de contact pour en savoir davantage sur la presse écrite en Acadie. (10)

Références

  1. L’encyclopédie canadienne 2000 – Historica.  L’Histoire de l’Acadie.  Version CD-ROM.
  2. Salle de presse de l’Acadie – réflexions sur la déportation des acadiens – http://www.cvfa.ca/Salle_Presse/Archives/Semaine-24-09-2001/S-Acadie-24-09-2001/s-acadie-24-09-2001.html site visité le 24 mars 2002
  3. Acadie NET.  Portail sur l’Acadie. http://www.acadie.net/ Site visité le 20 février 2002.
  4. Communications – Table ronde :  la situation de la presse écrite en Acadie. http://www.virtuelle.ca/congres2/com/c1c.htm site visité le 24 mars 2002
  5. La presse française dans le sud et l’ouest des États-Unis. http://www.miquelon.net/louisiane/presse.html Site visité le 22 mars 2002
  6. Asteur – notre communauté cadienne http://www.asteur.org/pressefran.html site visité le 17 février 2002
  7. Histoire de l’Évangéline – http://www.umoncton.ca/evangeline
  8. Stéphane Lang.  Département d’histoire, Université d’Ottawa.  http://www.erudit.org/erudit/haf/v52n02/lang/lang.htm Site visité le 17 février 2002
  9. BEAULIEU, Gérard, dir., L’Évangéline, 1887-1982: entre l’élite et le peuple (Moncton, Éditions d’Acadie et Chaire d’études acadiennes, 1997), 416 p. RHAF, vol. 52, n° 2, automne 1998 (http://www.umoncton.ca/evangeline/hist.html)
  10. L’association acadienne des journalistes.  http://aaj.acadie.net/presse.htm Site visité le 25 mars 2002
  11. Université de Moncton – Études acadiennes- Liste chronologique de journaux acadiens – http://www.umoncton.ca/etudeacadiennes/centre/guide/chro-1.html – site visité le 5 avril 2002
  12. Société des acadiens et acadiennes du Nouveau Brunswick – Les grandes dates acadiennes  http://www.saanb.org/references/historiques/historique02.htm – site visité le 5 avril 2002
  13. Journaux hebdomadaires du Nouveau-Brunswick  – http://www.gnb.ca/cnb/lsts/weeklies_1f.asp

Tableau 1

Profil des principaux titres qui ont été publiés en Acadie  (10, 11) 

Nous avons inclus quelques publications des Îles de la Madeleine, qui fait partie du Québec.  Selon les auteurs, on a tendance à rattacher les habitants de cet archipel à l’histoire des acadiens.

Journaux  (les titres en caractères gras sont encore publiés) Villes (Provinces)  (Date de début et de fin lorsque retracées lors de la recherche)
L’Acayen Bathurst (N.-B.) ?-?
L’Acadie Weymouth (N.-É.)  1900-1904
L’Acadien Moncton (N.-B.) 1913-1926
L’Acadie Libérale Meteghan, 1890-1893 (?)
L’Acadie Nouvelle http://www.acadienouvelle.com/ Caraquet (N.-B.)  1984-auj.
L’Action régionale Grand-Sault (N.-B.)
L’Analyste Tracadie (N.-B.) 1971-1972
L’Aurore Acadienne Chatham (N.-B.) – avant 1867
L’Avenir Allardville (N.-B.)  1961-4 Digby (N.-É.) 1880-1881 (?)
L’Aviron Campbellton (N.-B.)  1962-auj.
La Boueille Cap-Pelé (N.-B.) 1975-1981
La Cataracte / The Cataracte  (bilingue) Grand-Sault (N.-B.)  1953-auj.
Le coopérateur  http://www.capacadie.com/cooperateur/ Moncton (N.-B.)
Le Courrier de la N.-É. (autrefois : Le Petit courrier du sud-ouest de la N.-É.) Yarmouth (N.-É.)
Le Courrier des Provinces Maritimes Bathurst (N.-B.) 1885-1903
L’Echo Meteghan (N.-É.)  1884
L’Étoile Petit-Rocher (N.-B.) 1984-1985  Richibouctou (N.-B.)  encore publié
L’étoile du Nord St-Jean (N.-B.) 1869
L’Évangéline Digby 1887-1889  Weymouth, 1889-1905  Moncton (N.-B.) 1905-1982
L’Exigu http://www.capacadie.com/exigu/ Shippagan (N.-B.)
L’Express du sud-est Shédiac (N.-B.)  1987-auj.
Le Fermier acadien Moncton (N.-B.)
Le Front http://www.capacadie.com/lefront/  Moncton (N.-B.)
Le Gaboteur St-Jean (T.-N.)
Hebdo-Campus (autrefois : Campus) http://www.capacadie.com/hebdocampus/ Moncton (N.-B.)
Hebdo Péninsule Caraquet (N.-B.)
L’Impartial Tignish (I.P.É) 1893-1915
Info-Affaires Richibouctou (N.-B.)
Info-Weekend Edmunston (N.-B.)
La Boussole Iles de la Madeleine (QC) 1949-1964
Le Bulletin Iles de la Madeleine, 1911-1917 (?)
Le Journal Acadien Caraquet (N.-B.) 1970
La Justice Newcastle, (N.-B.) 1906-1907
Le Madawaska  (bilingue) http://www.capacadie.com/madawaska/index.cfm Edmundston (N.-B.) 1913-auj.
Le Madelinot Iles de la Madeleine (QC) 1965-?
Le Matin Moncton (N.-B.) 1986-1988
Le Moniteur acadien (autrefois : Le Petit Moniteur) http://www.capacadie.com/moniteuracadien/ Shédiac (N.-B.) 1983-auj.
Le Petit Courrier Pubnico-Ouest, (N.-É.)1937-?
Le Phare Iles de la Madeleine (Qc) 1946-1949
La Nation Moncton (N.-B.) 1929-1930
L’Ordre social Moncton (N.-B.) 1937-1944
Le Pari Maisonnette (N.-B.) 1969-1970
Le Plus Caraquet (N.-B.) l987-?
Le Point Bathurst (N.-B.) ?-?
Pro-Kent Richibouctou (N.-B.) l985-?
Pro-vision Moncton (N.-B.) 1983-1985
Iles de la Madeleine, (QC) 1972-auj.
Le Reflet du nord Tracadie (N.-B.) 1969-71
La République Edmundston (N.-B.) 1978-1982
La Trappe Petit-Rocher (N.-B.) 1970
Tribune Chaleur Bathurst (N.-B.)  1971-?
Ven’d’est Petit-Rocher (N.-B.)
Le Voilier (incluant Le Point, oct. 1983- ) Caraquet (N.-B.) 1965-auj.
La Voix acadienne Summerside (Î.-P.-É.) 1975-auj.
La Voix du Restigouche Restigouche (N.-B.)
Weekend Caraquet (N.-B.) 1985-1988

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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HISTOIRE DE LA PRESSE AUTOCHTONE AU CANADA

Bien que l’histoire du Canada soit récente et qu’elle soit, à tort, réduite à la période subséquente à la découverte des Amériques, on doit reconnaître la présence des peuples autochtones depuis fort longtemps. La présence autochtone revêt un intérêt particulier pour les touristes qui visitent notre pays;  malheureusement, ces peuples demeurent méconnus de la plupart des canadiens.

« Pendant près de deux siècles, plus précisément de la fin du 15e siècle jusqu’au 17e siècle, l’exploration de l’hémisphère occidental par les Européens a révélé que des êtres humains en occupaient déjà toutes les régions depuis l’arctique jusqu’à l’extrémité méridionale de l’Amérique du Sud. Ces nombreux peuples vivaient en société dont la composition variait de simples bandes de chasseurs à des sociétés-états ou même à des empires complexes qui, gouvernés par des prêtres-empereurs, avaient développé une architecture cérémonielle élaborée, une agriculture florissante d’un grand nombre de plantes domestiques, des connaissances astronomiques, des calendriers, des mathématiques et l’écriture. Les nombreuses explications qui tentaient de justifier cette présence humaine dans un hémisphère qui s’était interposé contre toute attente entre l’Europe et la Chine, étaient dans la plupart des cas manifestement eurocentriques. En fait, au lieu de constater tout simplement que les Amérindiens ou les Inuits étaient les habitants de l’hémisphère occidental, on affirmait que les « … acteurs principaux étaient des Vikings, des Phéniciens, des Irlandais, des Égyptiens, des Gallois, des tribus perdues d’Israël… » entre autres possibilités. L’observation de Fray José d’Agosta en 1590 après J.-C., à savoir que les Indiens descendaient de chasseurs qui avaient pénétré en Amérique du Nord depuis l’Asie, témoignait de sa part d’une perspicacité presque géniale et constituait évidemment une exception à cette époque. Elle prévaut pourtant encore cette vision européenne véritablement biaisée de l’histoire humaine de l’hémisphère occidental. L’histoire autochtone qui remonte à douze millénaires est encore absente des manuels scolaires qui limitent l’histoire du Canada aux 350 dernières années. Que les Autochtones aient été illettrés, sauf pour une partie du Mexique et de l’Amérique centrale, et qu’ils n’aient pas laissé de documents écrits expliquent en partie cette situation. Même dans les meilleures conditions, l’instruction était réservée aux classes dominantes que les conquérants européens éliminèrent rapidement, et les documents écrits avec eux. »[1]

 Aujourd’hui, le Canada compte près de 1 million d’autochtones (le terme comprend les indiens aussi appelés Premières Nations ( 65 %), les Inuits (5 %) et les Métis (30 %) soit au total 3,3 % de la population canadienne.[2]  Environ 60 % des autochtones vivent à l’intérieur de réserves. La population autochtone du Canada se répartit comme suit par province : en Ontario (20 %), en Colombie-Britannique (17 %), en Alberta (16 %), au Manitoba (15 %), en Saskatchewan (13 %), au Québec (8 %), dans les provinces atlantiques (2 %), dans les Territoires du Nord Ouest (2 %), au Nunavut (2 %) et au Yukon (0,7 %). On compte actuellement 50 langues autochtones au Canada, réparties en 11 grandes familles de langues (soit 10 des Premières nations et l’Inuktitut).[3]

« La géographie contribue énormément à la diversité, à la taille et à la répartition des groupes linguistiques autochtones au Canada. Par exemple, les plaines rases et les terrains boisés valonnés se prêtent bien à l’occupation par des groupes importants. À cause du terrain, les groupes habitant de tels endroits peuvent se déplacer et communiquer avec d’autres groupes relativement facilement et ont souvent tendance à s’étendre pour couvrir des territoires encore plus vastes.  D’autre part, les terrains montagneux et les ravins profonds favorisent la formation de petites agglomérations isolées. Le terrain montagneux de la Colombie-Britannique et ses nombreux obstacles naturels ont sans doute contribué considérablement à l’évolution des nombreux groupes linguistiques distincts, et pour la plupart petits, qu’on y trouve aujourd’hui. À cause des obstacles géographiques, les groupes linguistiques comme les Salish, les Tsimshian, les Wakash, les Haïda, les Tlingit et les Kutenai n’ont pas pu produire une base de population aussi importante que les Algonquins (surtout les Cris et les Ojibway) et les groupes des langues athapaskanes, qu’on retrouve dans les Plaines centrales et les forêts de l’Est du Canada. »4

« La géographie peut aussi être un facteur important pour la survie d’une langue. Les groupes habitant les régions relativement isolées, qui sont éloignés de la culture dominante, subissent moins de pressions les incitant à abandonner leur propre langue. Ils ont tendance à utiliser leur propre langue dans les écoles, pour les émissions de radio ou de télévision et les autres services de communication et ont donc plus de chances de rester autonomes. À titre d’exemple, mentionnons les collectivités du Nunavut, des Territoires du Nord-Ouest, des régions du nord du Québec et du Labrador, comme les Inuits, les Atikameks et les Montagnais-Naskapis.  À cause de leurs populations importantes et extrêment diversifiées, les langues algonquiennes représentent la proportion la plus élevée des langues autochtones dans la plupart des provinces.» La figure ci-jointe montre la répartition des grandes familles de langue au Canada.[4]

Nous reprenons ici quelques extrait d’une étude financée par le ministère du Patrimoine canadien.[5] « Les publications autochtones (surtout les journaux) ont une histoire brève au Canada – probablement parce que les peuples autochtones ont une tradition de communication orale plutôt qu’écrite, et parce que ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que quelques langues autochtones ont été consignées par écrit. La plupart des premières publications autochtones ont été lancées par des organisations politiques autochtones qui voulaient diffuser leurs idées. Au fil des ans, la majorité des publications ont adopté une position plus indépendante de « presse libre. Elles ont assumé cette responsabilité sociale qui est de fournir l’information et les explications dont les peuples autochtones, comme les autres, ont besoin pour participer à titre de citoyens à part entière à une société démocratique. En 1973, le gouvernement du Canada a créé un Programme des communications sociales des Autochtones qui visait principalement à fournir de l’aide aux publications autochtones qui avaient été créées mais qui avaient des difficultés sur les plans financier et journalistique. La plupart des publications en difficulté ont été stabilisées grâce aux fonds fédéraux et quelques nouvelles ont été lancées. Cependant, vers le milieu des années 1980, la radiodiffusion était devenue une priorité plus importante et était financée par un programme de radiodiffusion beaucoup plus coûteux. Au début des années 1990, durant une période de compressions financières du gouvernement, il a été décidé que le Programme des communications sociales des Autochtones devait disparaître et, ce faisant, les publications autochtones ont perdu leur financement (…) »

« Un bon nombre des publications financées ont disparu peu après. Cependant, quelques-unes ont survécu et, au cours des années suivantes, une industrie des publications autochtones beaucoup plus commerciale est apparue, avec la concurrence dans des domaines où les peuples autochtones sont suffisamment nombreux pour constituer des consommateurs rentables qui peuvent être proposés à des publicitaires. Dans les régions moins populeuses, il y a peu ou pas de concurrence et, dans certaines régions, notamment les Maritimes (mis à part la Nouvelle-Écosse) et les Territoires du Nord-Ouest, il y a peu ou pratiquement pas de presse autochtone. »

Ainsi,  «à la fin des années 1960 (…), certains leaders autochtones décidèrent qu’il était essentiel d’avoir des médias autochtones qui répondent aux besoins particuliers des peuples autochtones pour faire avancer l’objectif de l’autonomie politique et de la participation pleine et entière des Autochtones à la société canadienne. Ainsi, de petites publications motivées par des idées politiques ont vu le jour. Certaines ont été de courte durée. Elles ont toutes éprouvé des difficultés financières et ont dû faire face au manque d’expérience dans le domaine de l’édition et du journalisme. » (…) À maints égards, l’histoire de l’édition autochtone au Canada reflète celle de la presse internationale à grande diffusion – mais des siècles plus tard. (…) »

« Les premières tentatives en vue de créer des médias autochtones efficaces et indépendants semblent être venues de l’Alberta. Au début des années 1970, un groupe d’Autochtones du Sud de l’Alberta, qui vivaient à l’intérieur ou aux alentours de la réserve Blood de Standoff, près de Cardston, formèrent une organisation, la Indian News Media Inc., et commencèrent à publier le Kainai News. Peu de temps après, la Alberta Native Communications Society entreprit la publication du journal The Native People à Edmonton. En 1982, aux prises avec des difficultés administratives et financières, la Société plia bagages emportant le journal avec elle. Le Kainai News et la Indian News Media cessèrent leurs activités avec l’abandon, en 1990, du Programme des communications sociales des Autochtones du gouvernement fédéral, lancé en 1973 pour aider les publications autochtones existantes et appuyer la création de nouvelles publications.  (…) En 1983, la Aboriginal Multi-Media Society of Alberta (AMMSA) était créée et Windspeaker, son hebdomadaire, fut publié pour la première fois en mars de la même année. Windspeaker, qui est maintenant une publication nationale toujours présentée sous format tabloïd, mais qui est structurée et se lit davantage comme un magazine, est toujours la publication la plus importante de l’AMMSA. L’organisation publie également maintenant des journaux autochtones dans toutes les provinces des Prairies et a récemment lancé en Ontario sa propre publication, Birchbark.  (…)»

« Le Wawatay News, publié par la Wawatay (« l’eau sur les roches ») Native Communications Society de Sioux Lookout, en Ontario, est lu principalement par la population autochtone de la ville et de 37 réserves du Nord-Ouest de l’Ontario depuis 1974. D’abord un journal grand format, maintenant un tabloïd, la Wawatay News, à l’instar de la plupart des publications autochtones, a dû mener un long combat pour demeurer viable.(…) Il est publié en langue ojibway, crie, oji-crie (langue hybride) et en anglais (…) Le journal Kahtou de Colombie-Britannique est un autre survivant du retrait du financement fédéral des journaux autochtones (…) »

« Parmi les nombreuses victimes de la fin du financement des publications autochtones en 1990 (…), mentionnons : le Dan Sha News (autrefois appelé le Yukon Indian News) publié à Whitehorse depuis 1973; le Kainai News, publié d’abord sous le titre de Sundance Echo de 1966 à 1968 par un groupe intéressé de résidents de la réserve Blood, et rebaptisé Kainai News en 1968 lorsqu’il a été pris en charge par la Indian News Media Inc.; le Kinatuinamot Ilengajuk, qui a d’abord été un bulletin publié par la Okalakatiget Society, à Nain, au Labrador; le New Breed, magazine créé en 1969 par la Saskatchewan Metis Association et éventuellement publié par la Saskatchewan Native Communications Wehta Matowin Corp.; The Micmac News, publié pour un lectorat provincial très réceptif pendant 20 ans par la Native Communications Society of Nova Scotia dans la réserve Membertou à Sydney, en Nouvelle-Écosse; The Native Press, créé en 1971, a été publié initialement et sporadiquement par l’Organisation politique autochtone de la Nation dénée jusqu’à ce qu’il soit pris en charge par la Native Communications Society des Territoires du Nord-Ouest à Yellowknife. (… ) ».  Le tableau qui suit présente la liste des publications encore active au Canada, selon le rapport cité précédemment. Le tableau a été bonifié de quelques acquisitions personnelles n’y figurant pas. Seules Wawatay News et Nunatsiaq News, impriment certains ou la totalité de leurs articles dans une langue autochtone. Avant de disparaître, Kinatuinamot Ilengajuk, dans le Nord du Labrador, imprimait tous les articles et la publicité en anglais et en Inuktitut.

Les noms des publications en italique sont illustrés dans cette édition du bulletin Le Petit Jour.

 

Titre de la publication

Zone de diffusion – ville et/ou province

Tirage (fréquence) Format

Aboriginal Ontario

Ontario (trimestriel) Tabloid

Akiurvik

Ontario

(trimestriel) Bulletin

Anishnabek News

Ontario 5000 (mensuel) Tabloïd
Birchbark Ontario (mensuel) Tabloïd
Deh Cho Drum Fort Simpson, Territoire du Nord-Ouest (hebdomadaire) Tabloïd
Eastern Door Kahnawakem, Québec 2700 (hebdomadaire) Tabloïd
First Perspective Manitoba (Taiga) 10000 (mensuel) Tabloïd
Hamilton Regional Indian Center Ontario (bimestriel) Bulletin

Ha-Shilth-Sa

Port Alberni, Colombie-Britannique 3400 (bimestriel) Tabloïd

The Hub

Hay River, Territoire du Nord-Ouest 3300 (hebdomadaire) Tabloïd

Indian Life

Winipeg, Manitoba 26000 (bimestriel) Bulletin
Indian Times Akwesasne – New York 3000 (hebdomadaire) Tabloîd
Inuvik Drum Territoire du Nord-Ouest 2000 (hebdomadaire) Tabloïd
Inuit Art Quarterly Nunavut Magazine
Kahtou Sechelt ,Colombie-Britannique (mensuel) Tabloïd
Kivalliq News Territoire du Nord-Ouest 2000 (mensuel) Tabloïd
The Labradorian Terre-Neuve 2700 (hebdomadaire) Tabloïd
Metis Voyageur Ontario
Miq’Kmaq-Maliseet Nations News Maritimes 3500 (mensuel) Tabloïd
The Nation Baie James, Québec 10 000 (bimestriel) Magazine
Native Journal Edmonton, Alberta 15 000 (mensuel) Tabloïd
The News North Territoire du Nord-Ouest (hebdomadaire) Tabloïd
N’swakamok Native Friendship Centre Nord de l’Ontario (trimestriel) Bulletin
The Peoples Voice Ontario et Québec (hebdomadaires) Tabloïd

Nunatsiaq News

Nunavut 5000 (hebdomadaire) Tabloïd
The People Say Yukon (trimestriel) Bulletin
Raven’s Eye Colombie-Britannique (mensuel) Tabloïd
Sage Saskatchewan (mensuel) Tabloîd
Sasktatchewan Indian Saskatchewan (trimestriel) Magazine
Sagitawa Friendship Centre Alberta (bimestriel) Bulletin
Secwepemc News Kamploops, Colombie-Britannique 5000 (mensuel) Tabloïd
Slave River Journal Fort Smith, Territoire du Nord-Ouest (hebdomadaire) Tabloïd
Sweetgrass Alberta 7000 (mensuel) Tabloïd

Tansi

Toronto, Ontario 9000 (bihebdomadaire) Tabloîd
Taliaq Mikma’ki Native Council of Nova Scotia Truro, Nouvelle-Écosse 3 000 (trimestriel) Tabloïd
Tekawennake Ohsweken, Ontario 2 050 (hebdomadaire) Tabloïd

Them Days

Labrador, Terre-Neuve 1 200 (trimestriel) Magazine
Turtle Island News Ohsweken, Ontario 10 000 (hebdomadaire) Tabloïd
Tusaayaksat Ouest des Territoire du Nord-Ouest 2 000 (mensuel) Tabloïd
Wawatay News Nord-ouest de l’Ontario 8 400 (bimensuel) Tabloïd
Weetamah Manitoba 3 500 (mensuel) Tabloïd
Wikwemikong Newspaper Wikwemikong 1 000 Tabloïd
Windspeaker Alberta 7 000 (mensuel) Tabloïd

[1] Histoire des autochtones du Canada – http://www.civilization.ca/archeo/hnpc/npvol01f.html visité le 10 octobre 2004

[2] Nadeau JB. Abolir la Loi sur les indiens ?  L’Actualité – 15 octobre 2004.

[3] Portail des autochtones au Canada – http://www.aboriginalcanada.gc.ca/acp/site.nsf/fr-frames/ao28085.html visité le 12-10-2004.

[4] Langues autochtones par collectivité – 1996 – http://atlas.gc.ca/site/francais/maps/peopleandsociety/aboriginallanguages/bycommunity/1 site visité le 11 octobre 2004

[5] Big Canoe G., Rupert B. Rapport préparé pour le ministère du Patrimoine canadien – Le gouvernement du Canada http://www.patrimoinecanadien.gc.ca/progs/ac-ca/progs/pap/pubs/aboriginal/index_f.cfm site visité le 8 octobre 2004

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HISTOIRE DE LA PATRIE

Deux événements distincts m’ont amené à faire un bref historique de La Patrie, quotidien puis hebdomadaire durant 100 ans au Québec.  En bouquinant chez un libraire de livres usagers, j’ai mis la main sur une copie complète et reliée de La Patrie, des numéros de mars et avril 1943.  Collectionneur des unes de journaux du monde entier mais aussi de pièces historiques, je me suis rendu la semaine suivante à la toute nouvelle Grande Bibliothèque, inaugurée en avril 2005.  On peut rappeler qu’en 1967, l’Assemblée nationale du Québec crée la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) et intègre notamment la bibliothèque de la congrégation des Sulpiciens. Dans les années quatre-vingt-dix, le gouvernement étudie un projet permettant le regroupement de collections nationale et publiques, lequel mène notamment à la création de la Grande bibliothèque.  Il s’agit d’un nouveau  bâtiment de verre et de cuivre au cœur du quartier latin, qui comme plusieurs nouveaux ouvrages,  ne fait pas l’unanimité mais il est certainement déjà, par son achalandage et la richesse de sa collection, un lieu adopté par des milliers de montréalais et il offre quiétude, confort, et qualité d’accueil à tous les citoyens.  Fort de cette trouvaille et de cette visite, je poursuivis mes recherches et lectures afin d’en savoir un peu plus sur le quotidien La Patrie.  Je réalise que la collection de la BNQ comporte un volet numérique, incluant quelques quotidiens et hebdo ayant marqué notre histoire tel L’abeille, La Minerve (1829-1899),  L’Oiseau bleu (1921-1940),  Le Petit Journal (1926-1978) et La Patrie (1879-1978).[1]

Dans un excellent article sur l’histoire de la presse d’information au Québec publié en 2003, nous reprenons librement quelques extraits pertinents à notre propos.  Leblanc raconte qu’au « Québec, les journaux au début étaient dits « de combat » parce qu’ils étaient créés pour défendre une cause, sociale ou politique. Aujourd’hui la presse, tout en défendant un point de vue ou un parti, se veut davantage neutre, l’objectivité étant perçue comme un gage de crédibilité. À travers l’histoire de sa presse, c’est un peu le Québec et son évolution qu’on voit se dérouler. La presse a été à l’avant-garde de la plupart des progrès sociaux, de l’enseignement, de la culture et de la démocratie au Québec. Chaque fois que la presse est plus libre, les lumières se répandent et on assiste à un accroissement de civilisation et de justice ».   (…)   « Après la Révolution française, deux journaux sont fondés au Bas-Canada (i.e. le Québec maintenant), l’un défendant l’Angleterre (The Mercury – 1805) et Le Canadien (1806-1817).(…) Les journaux francophones commencent à parler de souveraineté du peuple.  (…) Le 4 février 1839 est déposé le rapport Durham qui préconise l’anglicisation à marches forcées du Bas-Canada, par l’union du Haut et du Bas- Canada.  (…)  Malheureusement, le grave problème au Canada Français à cette époque est l’analphabétisme, l’absence d’instruction.  (…) » Malgré ces tensions et cette polarisation, on rapporte que « la presse du Canada français a pris une part active au débat entourant la naissance de la Confédération canadienne (1867). (…) Quant à lui, « le 20ème siècle voit le passage d’une presse d’opinion à une presse d’information.  (…). Le gouvernement d’Ottawa prend part à la Seconde guerre mondiale le 10 septembre 1939, après la déclaration de guerre de Georges VI à l’Allemagne nazie. La Loi des mesures de guerre, adoptée durant la guerre de 1914, est réactivée et implique des droits de censure et de réquisition. La question de l’enrôlement obligatoire soulève les passions et une vive opposition au Canada français. La Patrie, l’Action catholique, Le Soleil appuient l’enrôlement; L’Illustration nouvelle et Le Devoir observent le silence. (…) Le 27 avril 1942 toutes les provinces canadiennes, sauf le Québec, votent « oui » à la  conscription, ce qui occasionne un choc, une polarisation entre le Québec et les provinces canadiennes.  (…) La période 1945-1959 en est une où la presse québécoise est muselée, « cadenassée » pour ainsi dire. (…)[2]    C’est durant cette époque marquée par la révolution industrielle, deux grandes guerres et une certaine noirceur que la presse écrite contribue à l’essor de la société québécoise.

D’autre part, le portail de la BNQ nous apprend que « Le journal La Patrie est fondé en février 1879 par l’écrivain, journaliste et homme politique Honoré Beaugrand (1848-1906), avec la collaboration de membres influents du Parti libéral. Prenant officieusement le relais du National, organe lancé en 1878 pour faire la guerre aux conservateurs, le nouveau quotidien est créé pour servir la cause des libéraux dans la région montréalaise. De 5000 à l’origine, le journal connaîtra des tirages qui fluctueront au fil des décennies et des mandats qui lui seront attribués. Il atteindra un peu plus de 27 000 exemplaires en 1901, 30 000 en 1933 et près de 200 000 en 1962.  Homme d’idées et libre-penseur, Beaugrand adopte d’entrée de jeu une tendance radicale qui l’oppose évidemment au clergé et aux conservateurs, mais également aux libéraux plus modérés, qui se méfient de lui et qui voudront bientôt l’écarter de la tête du journal. Ayant compris qu’il ne pourrait réussir à défendre pleinement ses idées en étant à la remorque financière du Parti libéral, Beaugrand, éditeur et propriétaire de La Patrie, avait choisi de miser sur la publicité pour remplir les coffres de son journal. Ce faisant, il s’était ménagé une indépendance d’action qui non seulement lui vaudra un succès commercial encore rare à cette époque, mais qui lui garantira surtout la mainmise sur La Patrie pendant près de 20 ans. Grand voyageur, Beaugrand y publie, outre des articles politiques qu’il cessera progressivement de rédiger vers les années 1890, des récits et lettres qui retracent ses nombreux périples aux États-Unis et en Europe. En 1891 est inaugurée sous sa direction la première page féminine d’un grand quotidien francophone, sous la responsabilité de la journaliste Robertine Barry (connue aussi sous le pseudonyme de Françoise), qui y fera paraître des chroniques pendant près de 10 ans. La propagande radicale de Beaugrand prend fin en 1897, lorsque Joseph-Israël Tarte (1848-1907), alors ministre des Travaux publics au sein du gouvernement libéral de Wilfrid Laurier, achète La Patrie à la demande du premier ministre et avec des fonds du Parti. Secondés par ses deux fils, qui sont les propriétaires officiels du journal, Tarte rompt avec la ligne dure de son prédécesseur, mais il se sert du quotidien pour faire valoir des idées qui ne suivent pas toujours la ligne du Parti. S’il est appelé par son chef à démissionner de son poste de ministre en 1902, il conserve la direction de La Patrie et continue à y livrer des lettres et articles. Au tournant du XX ème siècle, la popularité et les tirages du journal déclinent. Tarte et ses fils repensent le mandat de La Patrie et décident de l’ouvrir à un contenu plus varié et moins ouvertement militant, ce qui leur réussit. Le journal est vendu en 1925 au groupe Webster, Lespérance et Fortier, qui réoriente cette fois totalement le contenu pour en faire un organe conservateur. Lorsque le journal La Presse en devient propriétaire en 1933, La Patrie adopte pour un temps une position politique neutre. La facture du journal est de nouveau modifiée : au nouveau format tabloid se greffent régulièrement des suppléments de diverses natures. La publication quotidienne de La Patrie cesse en 1957; le journal devient un hebdomadaire. Des difficultés financières obligent son dernier propriétaire à cesser sa publication en 1978 ».  Il est intéressant d’ajouter que Honoré Beaugrand, né à Lanoraie en 1948, fut élu maire de Montréal à 2 reprises, soit en 1885 et 1886.  Il a beaucoup voyagé et s’est établi à Fall River au Massachusets où il y a fondé L’Écho du Canada (1873) et La République (1875) avant de fonder à Montréal La Patrie (1879).[3] Ainsi, La Patrie a accompagné la société québécoise durant un siècle.  Les extraits proposés, provenant de la trouvaille de 1943, illustrent bien l’omniprésence de la seconde guerre mondiale dans la presse en Amérique du Nord.

[1] Bibliothèque Nationale – Collection numérique – La Patrie – http://bibnum2.bnquebec.ca/bna/patrie/index.html visité le 18 juillet 2005.

[2] Leblanc JP. Brève histoire de la presse d’information au Québec.  Centre de ressources en éducation aux médias. http://www.reseau-crem.qc.ca/trousse/histoiremedias.pdf visité le 17 juillet 2005.

[3] Beaugrand H. La chasse-galerie. 108 p. – 6,95 $ – 7 euros  ISBN 2-89406-060-2

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