A propos d’Augustin

AUGUSTIN BUSSIÈRE (1699-1757) III

« Augustin, le quatrième garçon mais le cinquième enfant puisque Geneviève et Pierre l’avaient précédé, est né le 16 novembre 1699. Il s’est marié avec Marie-Charlotte Lecompte à Beaumont le 21 janvier 1726. Il a obtenu une concession à Saint-Augustin d’où a originé une postérité nombreuse au point que fréquemment, quand dans la région de Québec, on se dit Bussière, tout de suite on nous demande :  Avez-vous des parents à Pont-Rouge ? Habituellement, on répond non mais oui … (…)

Augustin a passé la majeure partie de sa vie à Saint-Augustin sur une concession obtenue des Religieuses de l’Hôtel-Dieu de QUébec, dans le rang des Mines. Il y tenait aussi cabaret tout en remplissant divers contrats comme celui de livrer le bardeau nécessaire à la toiture de l’église Saint-Pierre de l’Ile d’Orléans.

En 1750 avec son épouse « se disant avancé en âge », il fait donation de ses biens à son fils Pierre qui a 23 ans. Augustin décède en 1757, il a 58 ans et son épouse Marie-Charlotte Lecompte le suivra une vingtaine d’années plus tard, le 2 février 1776. Ils sont inhumés dans le cimetière paroissial de Saint-Augustin.

La nombreuse descendance d’Augustin a longtemps eu et conserve encore pignon sur rue dans le comté de Portneuf mais elle a aussi émigré dans le quartier Saint-Jean-Baptiste de Québec et un peu partout en province. Elle compte aussi plusieurs religieux et religieuses dans diverses communauté. »  (1)

….. ET puis un autre texte relate l’histoire d’Augustin et de Marie-Charlotte Lecompte (3)

« 1699.  Une fin de siècle.  En leur patelin de Saint-Pierre de l’Ile d’Orléans, Jean Bussière et Ursule Rondeau avaient connu des heures pénibles: des chênes étaient tombés.  Le 4 mai de cette année-là, Ursule avait conduit en terre grand maman René Rivière, une femme encore alterne qui avait épousé dans les années ’66, Mathurin Croiset, le voisin de Jacques Bussière depuis 1663.  renée Rivière, une grand-maman en or, portant allègrement ses soixante-dix sept ans, toujours disponible et qui n’est plus.

Un mois plus tard, une autre présence aimée leur est ravie. Le 19 juin, Jean fermait les yeux de son vénérable père. Jacques était un homme usé: agé de 72 ans, il en paraissait 80, s’il faut en croire le curé Dauric. On ne l’entendra plus évoquer les jours de son enfance sur les bords de la Garonne, au pays bordelais, et ces cinquante-six années consacrées à l’établissement d’un pays neuf. Le vieillard aimait rappeler ce jour merveilleux où le soleil était entré dans la maison avec son épousée Noelle Gossard, la parisienne, et les trop brèves années de bonheur jusqu’au jour où elle lui fut enlevée le 19 novembre 1684.  Et maintenant, l’âme des aieux imprègne les murs de la maison car la vie garde ses droits.

L’enfant paraît

La vie, elle jaillit sans arrêt au foyer des Bussière. Depuis les épousailles de Jean et Ursule, le 21 avril 1694, quatre enfants avaient à leur tour occupé le ber. L’aîné Jean était déjà un garçonnet de quatre ans; le suivaient Pierre, François et la fragile Geneviève. Pourtant, semble se dire le jeune couple, on peut faire plus.

Jean et Ursule disent oui à Messire François Magdeleine Ruette, conseiller du Roy et son procureur général au Conseil souverain, lorsqu’il leur propose d’accueillir chez eux la petite Louise; c’est une fillette de quatre ans, sans patronyme, élevée parl es Dames Religieuses de l’Hôpital Général. L 13 mars 1699, devant Me Cambalon, Messire Ruette « engage la nommée Louise en qualité de servante domestique à Jean Bussière, paroisse de St.Pierre, pour lui procurer le moyen d’être élevée dans l’amour et crainte de Dieu et de gagner sa vie ».  De son côté, Jean « sera tenu de la faire instruire des choses principales nécessaires à salut, de la tretter humainement et de la nourrir et entretenir comme sa propre fille, jusques à l’âge de dix-huit ans accomplis ».

C’est dans une maison bourdonnante que paraîtra Augustin, le cinquième enfant d’une famille qui en comptera dix-neuf. Il vient au mon un dimanche, le 15 novembre 1699. Son père Jean a 26 ans et maman Ursule 23 ans. Dès le lendemain, l’enfant est porté sur les fonts baptismaux en la première église de Saint-Pierre. C’est une chapelle en bois de 50 pieds sur 22, édifiée en contrebas en 1673 (selon le Grand livre du Séminaire) et bien avant que ne soit constitué, en 1679, le Conseil des marguilliers.  Une chapelle primitive, et pourtant très attachante avec son tabernacle en bois doré, sa chaire à colonnes torses en noyer et garnie de tapisseries, son banc d’oeuvre, ses quinze tableaux peints sur toile, ses six statues et la trentaine d’images encadrées.

Pour les honneurs, on se tourne vers la famille du beau-frère D’Ursule, Philippe Noel, qui épousa Marie Rondeau en 1692 et qui reçut en donation la terre voisine, celle des Croiset Rivière. François Noel et Nicole Legrand accourent de Saint-Laurent; la marraine porte allègrement au templs l’enfant Augustin.  Le curé note:

Ce seizième novembre mil six cent quatre vingt dix neuf a été baptisé par moy soussigné prêtre Augustin né le quinze fils de Jean Bussière et de Ursule Rondeau ses père et mère de cette paroisse, la marraine a été Nicole legrand femme de François Noel de la paroisse de St.Laurent laquelle a signé avec moy.  Dauric.  Nicole Legrand. 

Une enfance heureuse

En ce début de XVIIIème siècle, la tranquillité semble devoir s’installer dans la colonie. De Callière, succédant à Monsieur le comte de Frontenac, conclut solennellement la paix indienne, le 4 août 1701, mettant fin à une guerre de seize ans et brisant la coalition anglo-iroquoise. Les gens de l’Ile peuvent vivre rassurés.  Cependant, c’est en 1713, avec le traité d’Utrecht, que toutes craintes se dissipent.  L’historien Groulx pourra appeler les décennies qui viennent:  le cheminement dans la paix.

Au foyer, le petit Augustin connaît les joies innocentes de l’enfance.  Il faut l’expérience de la fraternité vécue dans le coudoiement de tous les jours; il goûte l’ambiance de la vie familiale autour d’une table qui ne finit pas de s’agrandir.  Après lui, quatorze enfants naîtront: huit garçons et six filles.  En ses primes années, chaque fois que « passent les sauvages », Augustin est de la ribambelle d’enfants que l’on conduit tout à côté, chez la tante Marie, ou encore, à quinze arpents à l’ouest, chez grand-père Rondeau.

Des amitiés de garçons, il en a d’innombrables. A un kilomètre à la ronde, c’est plein d’enfants de son âge.  Tout à côté, chez oncle Phlippe, ils sont trois et, en continuant vers l’est, trois chez les Leclerc, quatre chez les Aubin, puis les trois Côté à Jean-Baptiste et les trois garçons de Jean Côté le frisé. Allant vers l’ouest, on rencontre les deux fils de Michel Maranda le voisin sympathique, un petit Choret, des Chabot, puis après grand-papa Rondeau, d’autres petits Côté, beaucoup de petits Côté.

Ils partent en grappe, insouciants, nez au vent, offrant leur front au soleil et leurs joues au nordêt. On les voit dans les prairies ou sur le Chemin du Roy; gaule en main, ils remontent la Route des Prêtres, qui longe la terre paternelle, pour la cueillette des glands et des frênes. Tantôt, ils descendent au fleuve pour taquiner l’esturgeon ou tendre les nasses où s’emprisonnera l’anguille.

L’apprentissage

Tout autant que les gambades et les jeux, le labeur occupe les journées du gamin. L’homme en lui se modèle aux contacts avec la vie: des bras robustes et une « teste bien faicte » pour que se prolonge le sillon ouvert par l’aieul.

Jean, le père, en a décidé:  Augustin saura lire et écrire.  Privilège jadis inaccessible.  Jean avait douze ans lorsque, en 1685, la soeur voyagère Marguerite Bourgeois envoya à Sainte-Famille ses filles Anne Hioux et Marie Barbier pour y ouvrir une école. A douze ans, ses bras étaient irremplaçables pour les patients essouchages. Une seule fois, Jean s’était risqué à signer son nom.  C’était aux funérailles de sa grand-mère Rivière; d’une main laborieuse, mais avec vénération, il était parvenu à tracer en lettres détachées: i busiere.

Augustin ne fréquent pas le collègue des Jésuites, ni le Séminaire de Québec.  On sait que dans les campagnes, il n’est pas d’organisation scolaire établie. Il se trouve, là où les soeurs de la congrégation Notre-Dame ne suffisent pas à la tâche, des maîtrses d’école triés sur le volet, de foi et de moeurs éprouvées selon les exigences de Monseigneur l’Évêque, pour initier les garçons aux arcanes du catéchisme et de la lecture, de l’écriture et du calcul.  Là, Augustin se sent à l’aise. Dans sa signature on reconnaît l’homme appliqué qui va de l’avant, d’un pas résolu. (…)

La vie paroissiale marque forcément l’existence des Bussière.  Les enfants grandissent littéralement à l’ombre de l’église, édifiée à l’ouest de la maison sur cette portion de terre cédée jadis par le grand-père Jacques: cession ratifiée d’abord par un billet du 5 avril 1677 puis, devant le notaire Paul Vachon, par un acte dûment signé le 22 juillet 1682.

Les enfants Bussière le dispurent aux Maranda, Noel, Aubin pour servir la messe ou porter l’encensoir aux jours de fêtes. Comme ses frères, Augustin est disponible pour un coup de main à son père investi de la charge de bedeau, soit pour le nettoyage de l’église ou le creusage des fosses au cimetière.

Avant tout, c’est la ferme qui réclame de lui une contribution à l’entreprise familiale. En plus de leur terre, les Bussière cultivent le lopin de terre de la Fabrique et un marguillier inscrira au livre des comptes les profits retirés de la vente des surplus de blé. Mais en fait, n’était qu’exploitée qu’une partie du demi-arpent de terre cédée en 1682 et en 1690 par Jacques et Noelle, puis en 1699 par Jean et Ursule.

Le curé Augustin Daurix avait vu grand. Le voilà désolé qu’une partie de cette terre demeure en friche. Il obtient du Grand Vicaire Grandelet permission de revendre à Jean et Ursule la terre acquise en 1699, moyennant une somme de 400 livres plus une rente anuelle de 5 livres (ct Jacod, 30 janvier 1709). En 1725, Jean aura 60 arpents de terre labourable et 6 arpents en prairies.

Du nouveau s’annonce à Saint-Pierre avec le curé Pierre Caillet qui succède au curé Daurix, décédé en 1713. Monseigneur de St-Vallier avait érigé canoniquement la paroisse le 27 août 1714.  Voilà qu’en 1716 la Fabrique se décide à « reddifier » son église mais en pierre cette fois.

Pour les Bussière, c’est plus qu’un bouleversement de sol à proximité de la maison et qu’un chantier bruyant.  Chacun se sent impliqué. Augustin a attint ses 17 ans. L’oeuvre a besoin de bras. Et puis, il y a ces ouvriers à nourrir et c’est la famille qui s’en charge.  Pour l’anéne 1717, le père recevra en dédommagement quatre livres pour avoir cuisiné deux cents pour les deux cents terrinées de lait, cent pour le beurre et les oeufs fournis et un autre cent pour le pain.

Le nouveau temple est solennellement inauguré en 17187. Le 30 septembre, Augustin est témoin de la translation, à partir de l’ancienne église, des restes du curé Dauric, inhumés dans le choeur; le lendemain, c’est au tour des restes de Paul Dorval, de Madeleine Leblanc, de la « bonne femme Blanquet » inhumés dans la nef.

Une quête du sens de la vie serait illusoire sans l’apprivoisement aux réalités de la mort. Au seuil de son adolescence, Augustin reconnaît son ombre.  Il n’eut pas, bien sûr, conscience du départ vers l’au-delà de sa grand-mère Andrée Remondière en 1702.  Mais à dix ans, en 1709, il ressent douleureusement le décès en l’Hôtel-Dieu de Québec de sa grande soeur Geneviève emportée à l’âge de 12 ans.  Un mois plus tard, c’est la petite Madeleine, âgée de 2 ans qui est ravie à la famille. Quand son grand frère Pierre décède à l’âge de 22 ans, Augustin vient d’entrer dans sa majorité.  Désormais, il peut regarder l’avenir et tracer son propre sillon.

Les amours 

Augustin est un homme réservé.  On ne voit guère que son nom dans les registres de Saint-Pierre avant 1724.  Rien n’indique cependant qu’il ait eu à quitter son village ou à fréquenter les places, les officines ou estaminets de la ville pour se tailler un avenir.

Ce 3 février 1716, il y eut une belle noce à Saint-Pierre. La première dans la famille Bussière depuis l’huménée de Jean et Ursule.  Dans l’église,   voici Jean l’aîné qui ouvre la marche nuptiale; à son bras, on voit Françoise Dupille, la veuve de Mathieu Côté, le deuxième voisin des Rondeau. Les nouveaux mariés, à ce qu’il semble, vont demeurer chez les Bussière; en effet, même au dénombrement de 1725, on ne fait état qu’ils tiennent feu et lieu.

Avec Françoise, les Dupille sont entrés dans la famille. Ces Dupille viennent de Saint-Augustin; dix ans avant la création de la paroisse, ils étaient installés en la Seigneurie de De Maure. Françoise y est née en 1687; c’est en l’église de Neuville que les enfants sont baptisés et l’on précise dans les registres que les parents sont résidents de la Côte Saint-Ange ou de Maure. A Saint-Pierre, on parle de ces hauts plateaux qui connaissent une expansion rapide. L’hameçon est lancé.

On s’explique alors qu’en l’année 1718, Augustin rencontre le Sieur François Aubert de Lachesnaye, conseiller au Conseil supérieur et seigneur de Maure. Une rencontre d’affaires, dans un climat de confiance. Augustin s’en souviendra quand, en 1743, il tiendra des propos que le notaire Dulaurent transcrira dans le « Terrier de la Seigneurie Demaure »

« Augustin Bussière qui possède trois arpents de terre de front sur trente de profondeur qu’il a dit luy avoir été concédé verbalement par feu M. Auber en 1718 et ne sçait la quotité des d cens et rentes n’en ayant point encore payé aucun »

Augustin est résolu; c’est la qu’il ira un jour. Ici, à Saint-Pierre, trois hommes le précèdent sur la terre paternelle: Jean, François et Pierre. Il ira à son tour ouvrir des terres neuves à la Côte Saint-Ange. En attendant, ses liens avec les Dupille se resserrent, même qu’une fois il est dans les honneurs, en 1725, lorsqu’une soeur de Françoise, Geneviève Dupille, lui demande d’être parrain de sa fille Marie-Thècle Charon.

Fréquenter les Dupille, c’est lier des amitiés avec les Lecompte. Augustin Dupille devient parrain de sa nièce Marie Bussière, le 17 avril 1718, alors qu’une jeune fille de 17 ans, Marie-Charlotte Lecompte est la marraine. Toutefois, c’est la soeur de Marie-Charlotte, Madeleine Francoise Lecompte que Augustin Dupille va épouser l’année suivante.

L’Ancêtre Marie-Charlotte Lecompte

Lorsque Augustin Bussière fait la connaissance de Marie-Charlotte, elle est en la Basse-Ville de Québec servante chez Jacques Gourdeau, caporal des gardes du castor et marchand Bourgeois de la Basse-Ville.  Il est de plus seigneur de Beaulieu et sieur de LaGrossardière, sur la pointe ouest de l’Ile d’Orléans; il est fils de Jacques, assassiné par un valet en sa maison de l’Ile et de Éléonore de Grandmaison.  C’était un ami de longue date des Lecompte et son épouse, Marie Bissot, fut marraine de Madeleine Françoise Lecompte.

Marie-Charlotte naquit à Québec le 2 février 1701 de l’union d’Antoine Lecompte et de Marie Poiré. Le lendemain, elle était baptisée en l’église Notre-Dame, conduite par son parrain Charles Degrandville Defonville, procureur du Roy, et par sa marraine Marie-Charlotte Charet, femme d’Augustin Le Gardeur, sieur de Courtemanche (Rivière des Prairies), lieutenant de marine et fils de Jean-Baptiste LeGardeur de Repentigny.

Des grands noms, certes. Les époux Lecompte ont des relations et de la classe. Ils s’étaient mariés à Québec le 2 février 1698, en présence du sieur Gourdeau, du marchand Grignon, du notaire Chambalon et de François Bissot l’associé des Charet dans la traite des fourrures.

Antoine, le père venait de la Champagne. Il est maintenant aubergiste et son établissement a belle tenue. Plus souvent, on peut le voir au Château Saint-Louis où il est chef des cuisines de Monsieur de Callières. On le devine, la table du Gouverneur devait satisfaire les fins gourmets.

Ce beau monde entour les Lecompte. Au baptême de Madeleine-Françoise, Messire François Provost, lieutenant du Roy, accompagne Marie Bissot comme parrain. en 1700, le parrain du second enfant Hector n’est nul autre qu’Hector de Callières, « chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis et gouverneur général en tout le pays de la Nouvelle-France » et tenant pour lui Delangloiserie, major de Québec; la marraine est Marie-Claire d’Auteuil, femme de monsieur le Marquis Decrifasy, lieutenant du Roy.  Le poupon ne vit que deux jours.

Après la venue de Marie-Charlotte, c’est au tour de Suzanne d’être portée au baptême par son parrain M. Petit, trésorier de la Marine et sa marraine Élisabeth Barbe, demoiselle de l’Intendante et femme du Sieur Hazeur, marchand bourgeois le plus important de QUébec en bois, pêche et traite.

Pour les trois petites Lecompte, l’avenir semble prometteur; mais déjà leur existance est toute bouleversée par la mort prématurée de la maman Poiré survenue à la Noel 1702.  Trois mois plus tard, une belle maman entre au foyer; Claire-Françoise Lefebvre, fille du tonnelier Nicolas.

Les beaux rêves de Marie-Charlotte se défont lorsqu’en avril 1709 c’est son père qui lui est ravi. La voilà orpheline à 8 ans. Alors son oncle Laurent Poiré la recueille et devient son tuteur. Elle reprend le goût de vivre, et chaque arrivée à Saint-Pierre, chez Françoise, lui apporte chaleur et espoir. Entre elle et le bel Augustin Bussière, une amitié naît qui jamais n’aura de déclin.

Les épousailles

Comment Marie-Charlotte et Augustin ont-ils pu choisir de lieur leurs destinées en l’Église Siant-Etienne de Beaumont, en plein hiver ?  C’est leur secret.  On sait, par le registre, que le curé Caillet était malade; du reste, il n’enregistre aucun acte durant trois mois et c’est le chanoine Hamel qui remplit les fonctions curiales à Saint-Pierre qui y a publié les bans. Par ailleurs, il n’y a point de Lecompte à Beaumont et les Poiré vivent à Lauzon.

Ce lundi, 21 janvier 1726, ayant passé le 14 un contrat de mariage devant le notaire Rageot, tous deux sont accueillis aux aux pieds des saints autels par le curé Jos Chasle. Parmi leurs invités, on reconnaît les parents du fiancé Jean et Ursule, son frère Jean, Laurent Poiré, Philippe et Ignace Noel, Jacques Girard et Joseph LeRoy. Augustin signe le registre.

Le curé Chasle signe, bien sûr, cette page qu’il a rédigée avec bonne volonté mais il ne connaît guère ses paroissiens d’un jour.  Sous sa plume Jean Bussière devient Antoine Bussière; Antoine Lecompte se retrouve avec le prénom de Pierre; Laurent Poiré est consacré oncle d’Augustin et Jean, frère d’Augustin, n’est plus que son oncle. Il est possible que ce prénom d’Antoine, accordé à Jean le père, soit à l’origine de l’erreur qui s’est glissée dans le dictionnaire de Mgr Tanguay et qui fut reprise parles généalogistes.

Qu’importe ! On retourne à Saint-Pierre, l’allégresse au coeur, sur les routes neigeuses, au son des grelots et dans les barques que heurent les glaces. Et que la noce continue

… On retrouve une copie du contrat de mariage dans Une Branche de Buis … (5) 

« Pardevant le notaire public en la province de quebec resident à neuville soufsigné et témoins enfin somméms furent présents sieur Augustin Bussière garçon majeur demeurant en la paroisse de la pointe aux trembles village de la Rivière aux Pommes fils dee Sieur Paul Bufsière et dame marie Joseph Meunier, pour lui en son nom et de son consentement d’une part. Et Dame catherine Drolet, stipulante en cette partie pour Demoiselle Magdelaine Ouvrard, sa fille mineure issue de son mariage avec feu Jacques OUvrard aufsi pour elle en son nom et de son consentement d’autre part. (…  Seront en outre les futurs Epoux communs en tous leurs biens proreps et acquets Immeubes, lesquels ils ameublissent à cet effet, dérogeant pour ce regard seulement à toutes les coutumes à ce contraire. (…) Sera loisible à la future épouse et aux enfants qui naitront du futur mariage, d’accpeter ou renoncer à ladite communauté et en cas de renonciation de reprendre franchement et quittement tout ce qu’elle y aura apporté. Ensemble son Douaire, son préciput et tout ce qui pourra lui céhoir pendant et constant icelui mariage, par sucefsion Donation, Legs ou autrement, sans être tenu des Dettes deladite communauté (…)  Et pour faire insinuer ces présentes à Quebdc &ce car ainsi &ce promettant &ce obligeant &ce fait et passé à neuville étude dunotaire soufsigné L’année mil sept cent quatrevingt dix le treize Janvier avant midi (…) » *5)

Premier nid

Le couple Bussière-Lecompte se fixe à Saint-Pierre de l’Ile d’Orléans. C’est un couple sérieux; lui qui a 26 ans et elle 24. On ignore sous quel toit s’abrite leur amour tout frais. On ne sait pas davantage ce qui fait la trame de leurs journées. Une seule chose éclate à la face de l’histoire, c’est la fécontité de leur union.

Un premier garçon apparaît le mercredi 30 octobre 1726.  Les deux familles seront représentées au baptême ce même jour: Jean Bussière, le père, sera parrain et M-Françoise Lecompte-Dupille, soeur de Marie-Charlotte, sera marraine.  Mais, ô douleur, cet enfant ne survit que 51 jours.

Le 14 novembre 1977, un autre garçon vient occuper le berceau. A son baptême le lendemain, il reçoit le nom de Pierre. On doit retenir que, cette fois, maman Ursule Rondeau-Bussière est auprès de Marie-Charlotte en travail. Le registre rappelle ce rôle de sage-femme que jouait Ursule; en trois ans, cela est signalé vingt-deux fois dans les registres paroissiaux.

Puis vient celui qui assurera la postérité des Bussières-Lecompte.  C’est paul-Marie. Il naît le mardi 25 janvier 1729, et le jour même on le conduit sur les fonds baptismaux de St-Pierre. C’est Jean, le frère d’Augustin, qui est parrain et Marie Crespeau qui est marraine. Cette Marie est la femme d’Ignage Noel, garçon de Philippe et Marie Rondeau et cousin germain d’Augustin. Cette fois encore, la mère d’Augustin est sage-femme.

Entre-temps, le vieux rêve prend corps. Le soir, les yeux se tournent du côté du surouet, vers Saint-Augustin, en la Seigneurie Demaure. De temps à autres les hommes vont vers ces hautes terres préparer la maison. Bientôt Augustin et Marie-Charlotte seront habitant; il l’auront leur habitation, cette terre bien à eux, où il seront maîtres et libres: ambition que ne peuvent satisfaire les paysans de la mère-atrie. Au matin de l’été 1730, semble-t-il, la charrette démarre, chargées des hardes et du mobilier. C’est une rupture, mais pour Augustin, Marie-Charlotte et les deux moussaillons, une aube nouvelle se lève.

La Seigneurie de Demaure

Qu’était donc cette terre nouvelle ?  Ce territoire de deux lieues et demie de front par une lieue et de mie de profondeur avait été concédé par le gouverneur Hunault de Montmagny, le 18 septembre 1647, à Jean Juchereau, sieur de Maur. Territoire convoité, à cause de son sol gras et fertile, favorable aux travaux d’agriculture. Les premiers concessionnaires, les Mathieu Amiot et René Maheu mirent du temps à s’y installer. C’était encore l’époque où l’on craignait les sournoises incursions iroquoises.

La Seigneurie passe en 1672 à Jean Juchureau de la Ferté puis à Paul-Augustin son fils en 1865. Celui-ci la lègue au mari de sa cousine Marie-Louise Juchereau Lalande, François Aubert de Lachesnaye en 1714. A la mort de M. Aubert en 1726, son épouse gère le bien au nom de leur fils mineur Pierre François Aubert.  Lorsque Augustin et Marie-Charlotte atteignent Saint-Augustin, la gestion des affaires de la Seigneurie va de mal en pis. Les intendants s’en mêlent.  En 1730, Michel Bégon, puis en 1734, Gilles Hocquart lancent l’ordonnnance.

« qui oblige les habitants de la Seigneurie de Maure a représenter au sieur Aubert de la Chesnaye leurs contrats, billets de consession, quittances d’arrérages de cens et rentes; à faute par eux de les représenter, le dit sieur Aubert de la Chesnaye autorisé à poursuivre le paiement des dits arrérages jusqu’à concurrence de vingt-neuf années »  Edits et ordonnances, vol III, p 295

L’appareil ne semble pas efficace. La dette est de 19 000 livres. C’est la banqueroute. Le 24 décembre 1734, la Seigneurie de Maure est adjugée aux religieuses de l’Hôtel Dieu de Québec qui détiennent une créance de 10 000 livres. Puisque le revenu de la Seigneurie servira à soutenir les pauvres, les Hospitalières lui donnent le nom de la Seigneurie des Pauvres.  Cette fois les choses iront rondement. Le Sieur Dulaurent, notaire royal, prend les choses en mains.  Habitants, tenanciers et censitaires doivent présenter « leurs déclarations difèles et exactes de ce qu’ils possèdent de terre en front et en profondeur … les bâtiments dessus construits, les cens et rentes dont les dites terres sont chargées … » Ordonnance du 18 mars 1735.

La Côte Saint-Ange

Avant que tout ne soit revenu à l’ordre, Augustin et les siens s’installent sur leur habitation. Par bonheur, les descendants d’Augustin sont bien servis par les archivistes; aujourd’hui ils peuvent situer avec exactitude la terre de leur ancêtre à Saint-Augustin de Desmaures. En l’an 1734, Ignace Plamondon a tracé un plan complet et détaillé de la seigneurie. Jean Paul Bussières a repéré ce plan, ainsi quel e terrier dans les archives de l’Hôtel Dieu.  (…)

On reste sidéré de la compétence des arpenteurs de l’époque. Si l’on superpose deux plans cadastraux, reproduits à la même échelle, celui de Plamondon en 1735 et celui du cadastre actuel, les divisions des terres et concessions, ainsi que leur orientation se correspondent fort bien. La Côte Saint-Ange, déjà signalée en 1685 et bien dessinée par Plamondon, survit en l’actuel Rang Saint-Ange.

Pour le fervent qui part à la découverte des lieux où l’ancêtre a tracé les premiers sillons, il lui suffit de monter la Route de Fossambault à l’est de l’église; rendu en la 3ème concession, il emprunte à droite le Rang des Mines; à 1,4 km de la croisée des chemins, il s’arrête à l’actuel lot no 252 occupé par monsieur Raymond Couture. Là Augustin et Marie-Charlotte ont bâti leur maison.

Bâtir la maison

Les Bussière n’arrivent pas dans un désert; il y a bien cinq cent âmes dans la paroisse. En cette année 1730, Charles le frère d’Augustin n’a que 14 ans et c’est probablement quelques années plus tard qu’il acquerra la terre voisine. D’ailleurs ce célibataire attendra ses 34 ans pour s’unir à Catherine Drolet.

La préoccupation d’Augustin et Marie-Charlotte, c’est de bâtir la maison. Et bâtir la maison, c’est avant tout édifier une famille, établir une postérité.  Effectivement, à la mi-août 1730, paraît sous le soleil de Saint-Augustin, la mignonne Marie Joseph et à l’heure des vêpres, maman Ursule Rondeau est aux côtés de l’enfant pour servir de marraine.

La naissance de Joseph, le 8 janvier 1732 a-t-elle également connu des complications ?  C’est à Saint-Pierre qu’il vient au monde; c’est également à Saint-Pierre qu’il décède le 24 juin 1733.  Le registre ne donne pas le prénom de l’enfant décédé, mais nous présumons qu’il s’agit de Joseph puisqu’il s’agit d’un fils d’Augustin Bussière, résident de Saint-Augustin.  L’enfant a été emporté par la picote qui en ces mois d’été, a fauché neufs enfants à Saint-Pierre. Notons que Mgr Tanguay s’est risqué à écrire que ce « fils » était Marie-Charlotte née cette même année;  méprise qui amène Mgr à ignorer le fiancé de Marie-Josèphe en lui jetant dans les bras le marie de Charlotte, Joseph Meunier.

Le bet trouve sans cesse un occupant. Marie-Charlotte étant née le 27 février 1733, est baptisée le jour même, mais à Lorette cette fois. Un petit Augustin la suit en 1734 le 30 septembre et est baptisé le lendemain à Lorette mais sera porté en terre à Noel de l’an 1738.

Un peut de répit et c’est Marie-Louise qui paraît le 23 août 1736 et est baptisée à Saint-Augustin. Puis chaque naissance précédera un cortège de deuil.  Prisque, né le 26 juillet 1738 et dont le baptême est enregistré à Saint-Augustin sous le nom de Thessier est inhumé le 28 décembre 1739.  Un garçon, né le 10 janvier 1740 reçoit le nom d’Augustin à son baptême, le 11, en l’église de Lorette; il ne vit que 16 mois et est enseveli le 5 mai 1741.

Mgr Tanguay signale qu’un onzième enfant est né à Saint-Augustin le 21 février 1742 et qui n’a vécu que quatre jours. On ne retrouve pas, aux Archives civiles, de registre pour cette année 1742. Ainsi, de leur onze enfants, Augustin et Marie-Charlotte n’en verront que cinq convoler en justes noces.

Les bâtiments

Et s’il nous tait donné de pénétrer sous leur toit et en ces pièces témoins de tant der joies, de peines et labeurs ? Cela est possible grâce à l’inventaire dressé au décès de leur fils Pierre (1754) quatre ans après qu’il eut reçu cette maison en donation. Ainsi nous voyons:

« une maison de pièces sur pièces, formant chambre et cuisine, de trente pieds de long sur vingt de large, couverte de planches et bardeaux, planché d’en haut embouvesté et celui d’en bas de madriés à joint caré, cheminée de pierre en icelle »  

« Une grange d’asemblage de quarante six pieds de long sur vingt de large, clause de planches couverte de paille, batery et ssauvegraint en icelle »

« Une étable contenant vingt quatre pieds de long sur vingt de large, couverte de paille, plancher de pieux »

« Un fourni de pièces sur pièces contenant quinze pieds en caré, couvert de planches et bardeaux, planché d’en haut embouvesté et celui de bas a joint caré, cheminée de pierre en icelluy »

En parcourant l’inventaire dressé par le notaire Marois le 12 avril 1755, on découvre dans la maison un petit cabinet où sont déposées les réserves alimentaires en plus des hardes et des peaux; et bien sûr un grenier où l’on entasse blé, avoine, lin, pois et sel; et que la chambre est assez grande pour recevoir un pouelle de der une table et six chaises.

Autour des bâtiments, les bestiaux. En 1750, on compte une jument de trois ans, deux boeufs de six ans, deux boeufs de trois ans, un poulain de trois mois trois vaches, trois taures et un petit veau et pareillement six petits agneaux, trois grands cochons, des petits moritureaux, des dindes, des oies et des poules (Inventaire de Geneste, 7 juillet 1750).

Le mobilier se compose, entre autres, de table tournée avec tiroirs en bois de merisier, de chaises d’assemblage en bois de pin, de buffets, de couchettes en bois de pin, de lit de plusmes et traversin avec courte-pointe, de coffres pour chaque enfant, d’un métier à toiel. Ajoutons le fusil et le pistolet.

Augustin est de tous les métiers et l’on retrouve partout dans la maison les outils de menuiserie: ciseaux, gouje, plaisne et bedanne, vrilles et compas, scie et sciots, terrières et ferrée, haches et marteaux, tenailles et verlopes, et une pioche pour chaque fille.

Augustin et sa famille paraissent vivre à l’aise. Ce n’est pas encore la richesse dont parle ce vieux qui, en 1880, explique à l’abbé Béchard comment la Côte Saint-Ange est devenue à Saint-Augustine le Rang des Mines: « Des mines, il n’y en avait point. Ce nom est venu de ce que les habitants étaient touts ou presque tous riches et l’on disait: dans ce rang, il n’y a pas de pauvres: c’est le rang des mines ».

Un cabaretier respectable

Cette aisance ne vient pas de soi. Elle est le fruit du labeur soutenu sur la bonne terre nourricière (trente-neuf arpents de terre labourable après vingt ans) et d’autres entreprises.  Est-ce une idée de Marie-Charlotte qui se souvient du va-et-vient dans l’auberge de son père ?  Augustin sera cabaretier.

Le 1er décembre 1739, il décroche un permis de tenir cabaret en sa maison du Sieur André de Leigne, conseiller du Roy et son lieutenant général, civil, crimiel et de police. Il peut vendre aux passants et autres du vin, de l’eau de vie et de guildive (une eau-de-vie tirée des sirops de sucre et de l’écume des premières chaudière), mais à certaines conditions:

« qu’il ne donnera pas à boire les Dimanches et festes pendant le service divin; qu’il ne souffrira pas que personne s’enyvre chez llui, ny qu’on y jure et blasphème; qu’il ne souffrira pas non plus qu’on y tienne de mauvais discours contre la réputation d’autruy; et enfin qu’il ne donnera pas à boire en hiver passé sept heures du soir, et en été passé neuf heures »

Il faut croire que la buvette a été tenue sans reproches.  La police n’a pas eu à intervenir comme ce fut le cas à Neuville où, par ordonnance du 14 août 1741, l’intendant Hocquart réduit à six le nombre de cabarets à cause d’une infinité de désordres et de querelles.

L’avenir est aux audacieux. Augustin n’en doute pas et il se lance dans une entreprise qui lui réussira; la fabrication de Bardeaux.  Il lui arrive d’avoir d’importantes commandes comme celle qui lui vient de la fabrique Saint-Pierre en l’Ile d’Orléans. Jean-Paul Bussières a relevé dans le livre des comptes un déboursé effectué en 1751 par le marguillier Joseph Gosselin:

« à Augustin Bussières de Saint-Augustin, pour vingt quatre milliers de bardos a cinq livres dix sols le millier, centre trente deux livres »

Une église qui est une merveille

La famille Bussières ne demeure pas repliée sur elle-même. Sa vie est rythmée par le cycle des dimanches et des fêtes. Ici, ce n’est plus Saint-Pierre. On se retrouve à une lieue de l’église érigée le long du premier chemin du Roy, sur le bord du fleuve Saint-Laurent, au bas d’un raidillon.

Une première chapelle en bois, de 30 pieds sur 22 est construite au début de la paroisse, en 1694 sur un terrain d’Ambroise Tinon, 30 arpents en amont. Les paroissiens rusés, pour obtenir de l’évêque un curé résident, avaient commencé l’érection d’un presbytère sur un terrain à l’Anse à Maheu donné par Philippe Amiot dit Lerpinière en 1798. Le presbytère reste inachevé jusqu’en 1713 alors que le grand pénitencier et desservant, Thierry Hazeur, décide de transporter tout à côté la chapelle trop souvent isolée par les marées.

L’église qu’on fréquentée Augustine et Charlotte, leurs garçons et filles et leurs petits-enfants a été entreprise en 1720 sous l’impulsion du curé Pierre Auclair-Desnoyers (1714-1748) et dans un mouvement d’extraordinaire confiance en la divine Providence. Il n’y avait en caisse que 4 livres et 11 sols, plus 400 livres de mauvaises cartes quiu ne devaient plus avoir cours et qu’on fut obligé d’employer avant le départ des navires à l’achat de 279 vitres pour servir à l’église qu’on espère bâtir.

« Cette église a beaucoup d’éclat dans le pays » assure le curé Desnoyers. « Elle est regardée comme une merveille » écrit l’abbé Sasseville.  Bénite le 26 août 1723, le temple de 80 pieds sur 38 s’inspire du modèle de l’église des Récollets à Québec. La nef comporte trois travées: l’abside est à pans coupés et est plus étroite que la nef: une abside élégante s’il en fut. Cette église en pierres est l’objet des soins particuliers du curé qui voit lui-même à ce que soit respectée la justesse des proportions.

En 1731, Auguste voit Noel Levasseur y installer une chaire superbe puis, deux ans plus tard, le sculpteur Jean Valin un ample tabernacle. En 1746, il lui est donné de causer avec Charles Vézina, celui qui avait exercé ses talents créateurs au premier retable de Saint-Pierre en l’Ile, de 1736 à 1741.  Vézina, élève ici un grand retable en arc de triomphe et que les générations à venir pourront toujours contempler puisqu’il sera réintégré en 1822 au sanctuaire du nouveau temple érigé plus au nord et ouvert au culte en 1812.

Le curé Desnoyers a pourtant ses problèmes. En 1731, paraît une ordonnance du curé visiteur ecclésiastique pour mettre fin à la manie qu’ont certains habitants de sortir sur le perron durant les sermons pour fumer, rire et folastrer. Avec les paroissiens de la Côte Saint-Ange, les ennuis durent longtemps;  bon nombre d’entreeux ont pris l’habitude de fréquenter l’église de Lorette, surtout quand les chemins sont impraticables. Le conseil souverain rappelle dès 1722 que les habitants établit au lieu dit Côte Saint-Ange qui vont présentement à la paroisse de la Vieille Lorette, sont tenus d’aller à la paroisse Saint-Augustin et de payer leur dîme au curé.

Un nouvel édit du 15 septembre 1727 précise les limites entre les deux paroisses. Les habitants de la Côte Saint-Ange, à partir de l’habitation de Pierre Trudel, resteront à la paroisse Saint-Augustin.  Les autres, au nord-est, dépendront à l’avenir de la paroisse de Lorette. la limite nord-est de la terre de Pierre Trudel marque encore aujourd’hui la ligne de division des deux paroisses.

Il arrive à Augustin de faire baptiser ses enfants à Lorette, en 1733 en 1734 et en 1740. Soucieux de son image, le curé Jacrau, en 1734, précise dans le registre de Lorette: le curé de Saint-Augustin étant malade. On ne pourra affirmer que l’ancêtre comptait parmi les récalcitrants.

Ce n’est qu’aux derniers jours de l’existence de Paul Marie, fils d’Augustin, que le Rang des Mines aura sa chapelle en 1804. Pendant trente ans, on avait multiplié les requêtes à l’évêque. Les habitants ne furent gâtés que durant douze ans. En 1816, Mgr Plessir fermait la chapelle; on devra se diriger vers la nouvelle église bâtie sur un site plus central. Les gens de Bélair n’étaient guère mieux servis; dès 1745 ils réclamaient du Grand Voyer un chemin de descente pour se rente à la route Bussière et Balin afin d’aller à l’église et au moulin de Saint-Augustin.

C’est cette route qu’emprunte Augustin pour se rendre à l’Anse à Maheu soit à l’église, soit au moulin que les Hospitalières ont rebâti à deux étages en 1737. Et sur la butte du moulin, il y a le célèbre Calvaire qui a donné son nom au lac voisin jusqu’en ces derniers temps. Un calvaire imposant inauguré solennellement le 14 septembre 1745 comme le rapporte l’annaliste de l’Hôtel-Dieu: Un nombre considérable d’habitants assiste à l’élévation de la croix qui eut lieu l’après midi. Augustin et sa famille sont probablement de ceux-là qui écoutent de la bouche du curé une touchante exhortation qui tire les larmes et ensuite ils se retirent remplis de componction.

Rarement Augustin quitte sa terre d’adoption. On ignore s’il a pu se rendre à Saint-Pierre pour les funérailles de son digne père Jean, le 19 juin 1735, ou pour celles de la vénérable Ursule, à Québec, le 18 janvier 1745.

La ronde des noces

L’occasion est belle pour Augustin et Charlotte de souligner, dans une église rutilante, leurs 25 années de vie conjugale. Depuis des mois, Pierre, l’aîné est assidu à courtiser la charmante Barde Ouvrard, fille du veuf Antoine et de Angélique Vézina, de Lorette.  Pendant ce ce temps, François le frère de Barbe, remonte la Côte Saint-Ange pour conter fleurette à Marie-Josephe, soeur de Pierre. Pourquoi pas un mariage double en ce mois de janvier 1751 ?

Entêtement de curé ou tempête de janvier ?  Le mariage double n’aura pas lieu. A en croire les registres c’est ce même lundi, 11 janvier 1751 que les deux Bussière et les deux Ouvrard se marient. Pierre Gaussard, qui a eu la fantaisie d’adopter pour la circonstance le nom de l’Arrière grand-mère Gossard, épouse Barbe Ouvrard à Lorette en une cérémonie de triple mariage:  Marie-Josephe Bussière s’unit à François Ouvrard en l’église Saint-Augustin.

A moins que Marie-Josephe ne soit mariée le mardi douze !  Le curé Dunière avait écrit au registre de Saint-Augustin le douzième janvier. Cette date est rayée et l’on a écrit au dessus le onzième. Étrangement, on voit au registre que Pierre Bussière, fils d’Augustin, le marié de Lorette, est présent à ce mariage avec son père et Antoine Ouvrard, père. Par contre, au mariage de Pierre et de Barbe, aucune parenté n’accompagne les nouveaux époux, mais seulement quelques connaissances: les Plamondon, Beaupré, Hamel et Bonhomme.

En l’an 1752, c’est Marie-Charlotte qui a 19 ans, unit sa destinée à celle de Joseph Meunier, un vendredi 6 novembre, à Saint-Augustin. Les Meunier sont de Lorette. Une quinzaine d’années plus tard, le couple Meunier Bussière déménage à Repentigny. La, six de leurs enfants s’y marieront; là encore est inhumé le cors de Marie-Charlotte Bussière, le 2 octobre 1808.

Et Paul Marie, celui qui prolongera la mémoire d’Augustin et de Marie-Charlotte, est ravi de fréquenter la soeur de son beau-frère, Marie-Josephe Meunier, fille de Joseph et de Marguerite Bonhomme. A son mariage à Lorette, le 4 novembre 1754, les familles sont au complet et l’on remarque en outre l’oncle Charles Bussière ainsi que le futur beau-frère Alexandre Trudel et Prisque Marois.

Encore une fille à marier … Le lundi 31 janvier 1757,Augustin et Marie-Charlotte conduisent Marie-Louise leur cadette âgée de 20 ans, au pied de l’autel de Saint-augustin. Elle prend comme époux Jean Trudelle, fils d’Alexandre.

La donation

Avant que ne débute la ronde des noces, Augustin, âgé seulement de cinquante ans, ressent de la lassitude.  Lui, toujours soumis à la réalité, n’improvisera pas son départ. En accord avec Marie-Charlotte, il fait venir à la maison dans l’après-midi du mardi 7 juillet 1750, le notaire A. Geneste, pour y dresser un acte de donation en faveur du fils aîné Pierre, ainsi qu’un inventaire de leurs biens. Nous devons à Gaston Bussières de Montréal, archiviste, la copie de ces deux documents qui apportent un éclairage sur leur vie et sur les sentiments exquis qui les habitaient.

L’acte de donation est un petit chef-d’oeuvre de sagesse et de tact.  Il est d’un campagnard qui se croit fort avancé en âge et se sent incapable de faire valoir son bien pour subvenir à sa propre subsistance et à celle de sa famille.  Par souci d’équité, Augustin et Marie-Charlotte font donc donation à leur aîné de la moitié seulement de leurs biens.

Pierre estime qu’ il ne peut soutenir toutes les charges s’il ne dispose pas de tout le bien. Il propose avec tout le respect et la soumission possible qu’on lui consente la vente de la moitié du fonds de manière qu’il s’oblige à leur décès à en payer le prix à ses frères et soeurs légitimaires. Agréments de parents voulant reconnaître le grand’attache et affection particulière qu’a toujours eu pour eux le dit Pierre leur fils ».

Ils font donation de la moitié de la terre, des bâtiments, des biens meubles et effets mobiliers, à charge pour le donataire de les loger, nourrir et entretenir, eux et les trois filles, et de faire célébrer pour ses père et mère un service et 25 messes pour chacun d’eux. Et en cas de séparation pur incompatibilité d’humeur le fils s’oblige de livrer chaque année, en plus de 50 livres, blé cochon gras, quartier de vache, morue verte, bon beurre, pois, oignons, poireaux, et autres légumes, sel, poivre, huile à brûler, douze pots d’eau-de-vie et quinze livres de tabac sans préjudice de toutes les douceurs et médicaments qui leur seront utiles et nécessaires.

Par le même acte, Augustin et Marie-Charlotte vendent, cèdent et transportent à leur fils Pierre et à ses hoirs et ayants cause, la moitié de leurs biens. Suit un inventaire dont les maîtres priseurs ne sont nul autres que l’huissier Prisque Marois et Antoine Ouvrard.  Sans s’en douter, tous deux venait d’ouvrir une porte.

A soir de la vie

Une rude épreuve frappe au foyer des Bussière. Pierre, l’enfant de la promesse, décède à l’âge de 27 ans et est inhumé le 12 novembre 1754. Il laisse deux enfants que lui donna Barbe OUvrard. Prisque Marois épouse la jeune veuve le 28 avril 1755. Il héritera de la terre ancestrale.

Les filles étant mariées, Augustin peut tirer sa révérence.  En 1757, il est un homme usé: il touche au terme de sa route.  Il n’a que 57 ans et 8 mois et le voilà prêt à paraître, debout, devant son Seigneur. Au terme des moissons, on cueille son corps et on le porte en terre, un vendredi 19 août. La douce Marie-Charlotte lui survit jusqu’à l’âge de 74 ans pendant 19 ans.

Barbe Ouvrard et Prisque Marois, semble-t-il, respectent religieusement leurs engagements: ils gardent près d’eux la vaillante maman Marie-Charlotte.  Dans le recensement de 1762 à Saint-Augustin, on enregistre pour la postérité qu’au foyer de Prisque Marois, il est deux dames. Détendues Marie Barbe et belle maman causent longuement de la vie qui bat en la Seigneurie de Desmaure.

Le 2 février 1776, Marie-Charlotte Lecompte ferme les yeux et rejoint son époux. Tous deux reposent au cimetière Saint-Augustin. Et jamais plus ne se perdra leur mémoire.

De génération en génération

En chacune des deux générations à venir, le rameau d’Augustin ne sera prolongé dans la lignée masculine, que par un seul rejeton: Paul-Marie qui épousa à Lorette, le 4 novembre 1754, Marie-Josephe Meunier, puis leur fils Augustin. Tous les descendants d’Augustin III sont pareillement descendants de Paul Marie IV et de Augustin V.

Paul-Marie Bussières avait pu s’établir à Saint-Augustin.  Sa terre voisinait celle que Charles III possédait le long de l’actuelle Route de Fossambault et qu’il céda en donation à son fils Charles en 1779: terre sise en la route de Richelieu et bornée d’un costé au nord-est à la terre de Paul Bussières.  La terre de Paul-Marie est désignée aujourd’hui sous le lot no 247.

Paul-Marie et Marie-Josephe ont dix enfants.  Paul, né en 1757, épouse Marie-Barbe Marois, fille de Prisque et Barbe Ouvrard, le 7 janvier 1873. Marie-Josephe épouse André Drolet en 1799.  Thérèse se marie en 1781 à Charles Martel. François s’unit à Marie Dussault en 1783. Deux fils naissent en 1766 et 1770; il semble que l’on doive retenir que l’ancêtre Augustin V est né le 20 juillet 1766 puisqu’il était majeur à son mariage en février 1790 et que à son décès en 1822 il était âgé de 56 ans. Quatre autres enfants voient le jour: Joseph, Marie-Madeleine, Jean-Baptiste et Marie-Louise.

Par acte émané de la Prévôté de Québec, Paul Marie avait été élu, en 1755 subrorgé tuteur des deux petits enfants de son défunt frère Pierre.  On relève sa signature au bas de l’acte d’inventaire fait par Maroist.

Nul ne sait si Paul Marie a combattu sous les drapeaux de Montcalm en 1759. On sait seulement que Saint-Augustin était lieu de manoeuvres des Britanniques. A en croire le curé de Québec Félix Récher, l’église reçut la nuit du 30 août, 150 boulets mais au petit matin l’attaque des Anglais au bas du moulin fut repoussée. Durant les manoeuvres du printemps 1760, les anglais firent le 19 mars à Saint-Augustin, une rafle de 60 et quelques prisonniers.

Néanmoins, en régime britannique, la famille s’épanouit. Des trois garçons, seul Augustin donnera aux parents la joie d’une postérité. Marie-Joseph Meunier est inhumée le 29 juillet 1795. Paul Marie fêtera ses 75 ans; il décède le dimanche 27 mai 1804.

Augustin V

Celui qui porte toute l’espérance de cet Augustin venu, en 1730, sur ces terres prometteurs de Demaure. Mais les terres sont devenues rares. Les priseurs Marois et Ouvrard avaient en 1750 évalué à trois mille livres la terre du grand-père Augustin à cause de leur rareté. Le petit-fils Augustin décide à son tour, à 18 ans, de partir et d’ouvrir des terres neuves. Il va vers l’ouest en la Seigneurie de Neuville, appelée à l’origine Dombourg ou Pointe-Aux-Trembles. A trois lieues de Côte Saint-Ange, en haut de la 3ème concession, le seigneur Joseph Brassard Deschenaux vient de borner 14 terres. C’est l’aubaine.

Nous savons par le registre de baptême de Neuville, qu’en 1797 Augustin et son épouse Magdeleine dit Laperrière, mariés à Lorette le 8 février 1790, résidaient au Capsa. Grâce aux actes authentiques, amoureusement conservés par Béatrice Bussières et décryptés par Gaston Bussières, nous pouvons lire au contrat de mariage, passé le 13 janvier devant Me Lare, qu’Augustin demeure en la paroisse de POinte-aux-trembles, village de la rivière au Pommes. Ainsi, en cette terre, acquise le 20 avril 1785 et foyer de rayonnement des Bussière dans Portneuf, est bien située dans le Grand Capsa.  Large de 2 arpents, elle a 80 arpents de profondeur entre la Rivière-aux-pommes et la Rivière Jacques-Cartier.

Augustin a pour voisin, au sud-ouest, Charles Bussière, le fils de Charles III. Charles, fils d’Augustin et de Madeleine, reçoit la terre en donation en 1822. Par le même acte, il reçoit une autre terre de 2 arpents sur 30 sise en la 2ème concession de Fossambault, joignant la ligne seigneuriale de Neuville etacquise en 1804 du seigneur Juchereau Duchesnaye après que le premier concessionnaire Jean-Baptiste Bussière eut déguerpi. Était-ce le Jean-Baptiste à Charles III que l’on rencontre à Montréal entre 1784 et 1798, qui est à Neuville en 1794 et 1797 puis établi en 1799 à Saint-Denis sur Richelieu ?

De l’union d’Augustin et de Madeleine naissent onze enfants.  Neuf survivront et se marieront à Saint-François de Sales de Neuville. En 1867, le Grand Capsa viendra former la paroisse Sainte-Jeanne de Neuville, appelée Pont-rouge.  Augustin décède à 56 ans, le lundi 4 novembre 1822; Madeleine Ouvrard le 21 mars 1851. Leur lignée sera puissante: du Grand Capsa elle gagnera les paroisses de Portneuf, s’étendra vers Québec Capitale et dans la province …. et cet élan, qui pourrait l’arrêter ?  (3)

Testament d’Augustin Bussière, époux de Madeleine Ouvrard (7)

« Pardevant le notair public en la Province en la Province du Bas Canada résident à Neuville soufsigné et témoins enfin nommés et soufsignés (…) fut présent Sieur Augustin Busfière père hatibnat cultivateur résident en la paroifse de la Point aux Trembles village Grand Capsa, seigneurie de Neuville Sain de Corps et d’Esprit de memoire jugement et entendement, ainsi qu’il est apparu aux Notaire et témoins soufsignés par ses paroles, discours, gestes et maintient.  Lequel considerant que toute la nature est sujette à la mort, qu’en ce monde il n’y a rien de si Incertain que leur d’icelle et ne voulant point en être prévenu avant d’avoir mis ordre à Ses affaires et disposé du peu de biens qu’il a plut à Dieu lui départir, ainsi qu’il lui est loisible par les Lois actuellement en force encette province, a fait dicté et nommé au dit Notaire soufsigné (…)  Secondement veut que ses dettes soient payées et torts par lui fait, si Aucuns se trouvent réparés par son executeur testamentaire Cy après nommé (…)  Quatrièmement déclare ledit Testateur qu’il donne et legue d’abondant par son dit présent Testament, audit Sieu Agustin Bufsière son dit fils tous les dits biens meubles et immeubles designes d’Ecirts et mentionnés audit acte de donation susdaté eet en outre tous ses autres biens meubles et immeubles (…) »   FX Larue – 21 avril 1822 (7)

Lignée descendante de Augustin Bussière

  • Jacques Bussière marié à Jeanne Massonnier
  • Jacques Bussière marié à Noel Gossard le 16 octobre 1671 à Ste-Famille I.O.
  • Jean Bussière marié à Ursule Rondeau le 21 avril 1694 St-Pierre I.O.
  • Augustin Bussière (1699) marié à M-Charlotte Lecompte le 21 janvier 1726 à Beaumont (8 garçons et 3 filles)
  • Paul-Marie Bussière (1729) marié à M-Josephte Meunier le 4 novembre 1754 à Ancienne-Lorette (4 garçons et 3 filles)
  • Augustin Bussière (1770) marié à Madeleine Ouvrard le 8 février 1790 à l’Ancienne-Lorette (6 garçons et 5 filles)
  • Charles Bussière (1797) marié à Geneviève Rochette le 26 janvier 1824 à Pointes-aux-Trembles (8 garçons et 5 filles)
  • Charles Bussières (1832) marié à Sophronie Denis le 11 novembre 1824 à Pointe-aux-Trembles (5 garcons et 1 fille)
  • François-Odilon Bussières (1857) marié à Rosalie Plamondon le 1 février 1881 à Pont-Rouge (6 garçons et 7 filles)
  • Philémon Bussières (1883) marié à Wilhelmine Leclerc le 26 janvier 1906 à Pont-Rouge (6 garçons et 8 filles)
  • Yves Bussières (1928-auj.)

Tiré et adapté de 

  • (1)  Une Branche de Buis. 1996; 27: 30-37.
  • (2)  Une Branche de Buis. 1998; 31: 10
  • (3)  Bussières Edouard. Le Bulletin. 1987; 10:  5-23.
  • (4)  Une Branche de Buis 1996; 27:  16-18.
  • (5)  Une Branche de Buis 1995; 26. 11-16.
  • (6)  Le Bulletin 1984; 4: 5-15.
  • (7)  Bussières JP.  Une Branche de Buis 1996; 28: 9-11.

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